01/07/09

En attendant Scrat

No time for nuts de Chris Renaud_2006_voix : Chris Wedge

Gone nutty de Carlos Saldanha_2002_voix : Chris Wedge

© Blue Sky Sudios (20th Century Fox Animation)

27/06/09

Electro Dave et ses joyeux drilles

Pas du genre causeur le Dave — ni showman dans l'âme d'ailleurs — mais manifestement en forme et enthousiaste. Dommage qu'il faille envisager de lyncher l'ingénieur du son...
Nonobstant, le Stade de France est-il fait pour Depeche Mode ?


























































Photos © fredmjg

26/06/09

Déjà mort [Thriller-1982]

George Romero est instamment demandé à l'entrée du cimetière... On y aurait aperçu Bambi flanqué d'une drôle de dame...


Thriller de John Landis_1982_avec Vincent Price et Ola Ray


Men in black II de Barry Sonnenfeld_2002_avec Rip Torn



Michael Jackson
[29/08/58-25/06/09]


Farah Fawcett
[02/02/47-25/06/09]

Photos © Sony, Abacapress, The picture desk

12/06/09

C'est vendredi, le diable est de sortie

















































































Photos ©
fredmjg

29/05/09

Se souvenir des belles personnes, Romy [23/09/38-29/05/82]




Romy/Hélène dans Les choses de la vie de Claude Sautet_1970, accompagnée de Michel Piccoli/Pierre



Merci à Vincent d'Inisfree qui a eu l'excellente idée d'offrir cette vidéo à ses lecteurs.
Cet extrait nous fait également souvenir d'un bien bel autre visage de cinéma, celui de Léa Massari/Catherine, qui traversa le film et lut la lettre de rupture qui ne lui était pas destinée.

Romy/Nadine dans L'important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski_1975, face à Fabio Testi/Servais et à Klaus Kinski/Karl-Heinz







Photos © DR, Eva Sereny

22/03/09

Le petit bouffon est mort [La journée de la jupe]

Pour son énième retour au cinéma (ou presque puisque La journée de la jupe était initialement destiné au petit écran), Isabelle Adjani frappe très fort. Après avoir éclipsé par son extravagante tenue son metteur en scène et attisé l’imagination du public et les quolibets de la presse lors de la Cérémonie des Globes de cristal en février dernier (lire à ce propos le très joli texte de CinéManiaC ), elle prouve ici si besoin était, qu’à défaut d’avoir su vieillir gracieusement, son talent d’actrice est intact. Nonobstant, il nous est parfois difficile de supporter la vision de son visage bouffi par les toxines.
Dans le rôle d'un professeur de collège dans une ces banlieues dites sensibles, camée aux antidépresseurs, tentant quoiqu’il lui en coûte d’inculquer un peu de la beauté de la langue de Molière à des élèves récalcitrants, où elle se montre enfin sans fard ni artifice, son évidente implication* et son jeu singulier empreint de théâtralité font tout l’intérêt de La journée de la jupe, qui possède malheureusement les défauts de ses bonnes intentions.
Contrepoint idéal (par son traitement abrupt et mal élevé) au film de Laurent Cantet, Entre les murs, dont il pourrait passer pour le remake nihiliste et claustrophobe, La journée de la jupe (huis clos étouffant d’où sourd une sombre angoisse) a le mérite de poser une foultitude d’excellentes questions — sur l’éducation, l’intégration et les clivages communautaires entre autres — sans prétendre donner de leçons en retour. Toutefois, outre que le téléfilm de Jean Paul Liliefeld souffre d’un manque cruel de moyens, le réalisateur dilue inopportunément son propos (une cartographie de la peur dans nos sociétés actuelles, excellent sujet pour un Dossiers de l’écran particulièrement explosif) dans des intrigues secondaires sans grand intérêt.
La tragédie qui advient du côté des portes cadenassées de cette salle de classe transfigurée en petit théâtre des humiliations quotidiennes est si captivante, troublante, voire surréaliste, que l’agitation venant de l’extérieur paraît comme plaquée. Les violents échanges entre Isabelle Adjani (exaltée et abîmée, occasionnellement triviale) et sa classe de jeunes égarés intolérants, sans autre avenir que celui tout tracé par leurs propres contradictions, auraient mérité de ne pas se laisser phagocyter par une accumulation de clichés : les mésaventures conjugales d’un négociateur au bord de la crise de nerfs (Denis Podalydès, bien falot) et la charge conjointe contre les médias**, des services de l’ordre excités de la gâchette (l’ahurissant Yann Colette, égal à lui-même) et une ménagerie politique aussi méprisante que paternaliste.
Mais Jean-Paul Lilienfeld peut être reconnaissant envers son actrice principale. Cette diablesse d’Adjani parvient à nous émouvoir sans que l’on arrive à déterminer si la tristesse qui nous étreint est inspirée par le destin tragique de son personnage ou la carrière chaotique d’une grande comédienne hantée par son image.
* La mythologie adjanienne est parfaitement exploitée, de ses débuts à la Comédie Française à ses origines kabyles, en cheminant par les dangers de haute solitude d’une starisation poussée à l’extrême
**A noter que Jackie Berroyer est parfait (cela devient une habitude) en chef d’établissement, prompt devant les caméras du journal télévisé à accabler son employée, montrant pour elle le même mépris sexiste que ses élèves manifestent à l’endroit de leurs congénères féminines

Bande-annonce
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Photos © Rezo Films
[La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld_2009_avec Isabelle Adjani, Denis Podalydès, Yann Collette, Nathalie Besançon, Khalid Berkouz, Yann Ebongé, Sonia Amori, Kevin Azaïs, Sarah Douali, Marc Citti]

16/03/09

Clive et Naomi contre la World Company [L'enquête/The International]

Les médias nous le répètent à tour d’éditos, la banque est devenue le nouveau Satan à combattre… Alors, s’inspirant insidieusement de l’obscène faillite qui a abattu la BCCI* en 1991, Tom Tykwer et son scénariste Eric Singer lancent Louis Salinger, un agent d’Interpol, aux trousses d’une multinationale aux activités fort peu catholiques : blanchiment d’argent, terrorisme, corruption, assassinat, sponsoring de putschs en tous genres…
Effets pervers de la mondialisation, si Lola** se contentait de courir dans les rues berlinoises pour sauver la vie de son bien-aimé, Salinger, lui, cavale de Berlin à New York après un détour par Milan pour achever sa course à Istanbul, et prévoit au passage de sauver le monde des griffes tentaculaires des cyniques qui jouent l’avenir de la planète à coups de prêts revolving.
Et c’est là que le bât blesse…
Manifestement, après une entrée en matière des plus prometteuses, Tom Tykwer n’a pas su choisir entre le traitement sérieux, voire dépressif, d’une enquête chiffrée, minutieuse, quasi-clinique et l’entertainment emballé c’est pesé d’un James Bond ou d’un Jason Bourne***, avec ce que cela implique de scènes d’action rondement orchestrées mais qui se révèlent ici tout aussi invraisemblables que le côté increvable du personnage principal.
Reconnaissons-le honnêtement, le seul intérêt de ce film est son acteur, Clive Owen, dont on apprécie une fois encore le regard perdu et mélancolique de l’intégrité faite homme. Et dès que l’histoire débute, Clive a sa tête des mauvais jours… Il n’y a guère trop de raisons à cela : 1/ c’est bientôt la fin du monde (comme dans Children of men/Les fils de l’homme d’Alfonso Cuarón_2006), 2/ sa femme le trompe avec Jude Law – idée saugrenue s'il en est ! – (comme Julia Roberts dans Closer de Mike Nichols_2005), 3/ il vient de se rendre compte que le scénario est cousu de fil blanc ou 4/ qu’il ne couchera pas avec Naomi Watts (la pauvrette en est réduite à jouer les utilités), ce qui peut définitivement déprimer un homme n’en doutons pas…
Ajoutons à cela des scènes de poursuites effarantes où le bouillant Salinger — ex-Scotland Yard, fils caché de Sherlock Holmes (car médecin légiste à ses heures perdues) et héritier spirituel de Colombo (pour l’imper craspec) — se balade placidement pistolet en main dans les rues milanaises ou turques sans que cela émeuve les figurants qui le cernent… Et n'oublions pas les dialogues d’un ridicule achevé (pour ceux qui souhaitent creuser plus avant et rire un peu, rendez-vous sur la route du cinéma ) et une interprétation ad hoc.
Outre la Naomi qui essaie vainement de participer, le spectateur a la joie de voir débarquer Armin Mueller-Stahl, son partenaire dans Eastern Promises/Les promesses de l’ombre de David Cronenberg_2007 (inutile que les femmes rêvassent, il n’y avait pas de scène de hammam prévue au contrat de Clive Owen...), qui se plait depuis Music Box de Costa Gavras_1990 à jouer les affreux de service dès que l’occasion lui en est offerte (ici, en ex-crapule de la Stasi, l’acteur paraît bien las et assure le minimum syndical… Gloussements assurés devant la scène de "retournement" où ce grand naïf de Salinger en appelle à son idéal communiste).
Le grand manitou est interprété par Ulrich Thomsen (bien plus incisif en fils abusé dans Festen de Thomas Vinterberg_1998), tellement transparent en tête froide et condescendante de l’hydre financière qui nous contrôle, nous ment et nous spolie qu’il nous faut nous forcer pour y croire un peu… et éviter de s’esclaffer lorsque survient le dénouement, d’une féroce stupidité.
Le comble du copier-coller intervient lors d’un "morceau de bravoure"**** d’une gratuité exemplaire, soit la destruction du musée Guggenheim, éparpillé façon puzzle, par une bande de sagouins armés jusqu’aux dents et Salinger (jamais en reste quand il s’agit de faire le coup de feu) qui rappelle la cacophonie d’un Shoot'Em Up***** de sinistre mémoire et rompt totalement avec une mise en scène certes un peu prévisible mais nettement plus sinueuse et discrète.
Il est en conséquence plus que temps de retirer tout flingue à Clive Owen et de le remettre à la roulette****** !

* Bank of Credit and Commerce International, fondée en 1972 et basée au Pakistan
** Lola rennt/Cours, Lola, cours de 1999 avec Franka Potente
*** Clive Owen se fait d’ailleurs abattre par Matt Damon au cours d’une bucolique et haletante chasse à l’homme dans La mémoire dans la peau/The Bourne Identity de Doug Liman_2002, premier épisode des aventures de Jason Bourne
**** Vraie fausse bonne idée que cette fusillade en règle. Il est d’ailleurs étonnant de voir cette scène mise à l’honneur sur l’affiche originale, induisant ainsi le spectateur en erreur par la présence aux côtés de Clive Owen de l’interprète féminine, totalement absente du massacre.
***** Cartoon bruyant de Michael Davis_2007 avec Clive Owen, Paul Giamatti et l’inénarrable Monica Bellucci
****** Comme dans le remarquable Croupier de Mike Hodges_1999

Bande-annonce vostf
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Photos © Sony Pictures Releasing France
[L’enquête/The international de Tom Tykwer_2009_ avec Clive Owen, Naomi Watts, Armin Mueller-Stahl, Ulrich Thomsen, Jack McGee, Victor Slezak]

15/03/09

Pleurez pleurez Bashung


Malédiction !
Après un triple triomphe (meilleurs interprète masculin, album et spectacle de l’année) aux Victoires de la Musique le 28 février dernier, Alain Bashung, résident de la république, après avoir chahuté Joséphine et susurré imprudemment l’une des plus belles aubades jamais consacrées au plaisir féminin, n’aura pas eu le temps de tuer la pianiste. Il vient de passer le Rio Grande à l’âge de 61 ans et n’a pas fini de nous manquer, à Sousse ou ailleurs.
[...] Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que la vie d'artiste
N'est pas rose, n'est pas sans tache
Comme un navire qui tangue
Qui rend ses attaches
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
En dehors de ça

[...] Je tuerai la pianiste
Qui n'a pas su m'aimer
Dans la chambre je pleure
Où l'amour se cache
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe

[...] Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour que Dieu fait
Chaque semaine, chaque mois
Et quand ce sera fait
Que le jour se lèvera
Par l'entrée des artistes
Quand on saura que c'est moi
Alors je m'en irais [...]
Sur l'album Bleu Pétrole_2008_Gérard Manset, Gaëtan Roussel et Alain Bashung
Photos © Richard Schroeder, Ludovic Carême, Pierre Wetzel

Madame rêve (Pierre Grillet /Alain Bashung)
sur l’album Osez Joséphine_1991
Réalisation Paule Muret
Avec la participation de Fanny Ardant



La nuit je mens (Jean Fauque/Alain Bashung)
sur l’album Fantaisie militaire_2006
Réalisation Jacques Audiard



Résidents de la république (Gaetan Roussel/Alain Bashung)
sur l’album Bleu pétrole_2008
Réalisation Christophe Acker
Avec la participation de Melvil Poupaud


Je t’ai manqué (Gaetan Roussel/Alain Bashung)
sur l’album Bleu pétrole_2008


Bande annonce
J'ai toujours rêvé d'être un gangster de Samuel Benchetrit_2008,
dernière apparition au cinéma face à Arno

09/03/09

Souriez, vous êtes périmés [Watchmen]

1985… Alors que la Grande Bretagne ploie sous le joug thatchérien, le monde est stone dans l’univers parallèle sorti de l’imagination de ce sacré misanthrope d’Alan Moore – grand démolisseur de super héros devant l’éternel - et de son complice Dave Gibbons. Le temps a suspendu son vol à minuit moins cinq sur l’horloge de l’apocalypse et tous espèrent que les leaders des deux super puissances cessent de jouer à je te tiens tu me tiens par la centrale nucléaire. Car dans cet univers alternatif, la guerre froide est d’actualité, les gros états désunis ont gagné au Vietnam et voilà que Tricky Dick Nixon (interprété par Robert Wisden grimé comme le casting de Dick Tracy de Warren Beatty_1990, et affublé du nez de notre Depardieu national) en est à son cinquième mandat — après avoir balayé d’un ricanement ces deux hurluberlus de Bernstein et Woodward — inévitablement flanqué de Kissinger et d’une soldatesque de la table ronde directement inspirée des joyeux drilles qui folâtraient dans le Dr Folamour/Dr Strangelove de Stanley Kubrick_1964.
Comment ce cauchemar a-t-il débuté ? Par un stupide incident au cours duquel un scientifique (Billy Crudup, jumeau de Jim Caviezel, en moins christique) totalement désintégré s’est réincarné tel le phœnix en une mystérieuse créature translucide, dotée de pouvoirs extraordinaires : régénération, don de seconde vue, roi de la téléportation (le capitaine Kirk et son pote Spock peuvent garder leurs pyjamas), sorte de grand Schtroumpf exhibitionniste plus connu sous le pseudonyme de Dr Manhattan et dont le gouvernement va faire son arme d’intimidation massive favorite*…
A ce vrai super héros hyper sensible (car sous toute cette électricité bat un petit cœur romantique et naissent de hautes pensées d’idéal et de fraternité), qui finira d’un pet par s’exiler sur Mars pour y créer des petits joujoux en 3D, va s’adjoindre une bande de loufdingues névrosés aux âmes de justicier, adeptes du déguisement louche et du second degré douteux. Inutile de préciser qu’ils sont tous assis à l’extrême droite d’Attila** et que leurs convictions feraient passer Dirty Harry pour un aimable gauchiste.
Ainsi Le comédien (Jeffrey Dean Morgan, clone du Javier Bardem version mocheté de Perdita Durango de Álex de la Iglesia_1997), rigolard tout en dents, est-il avant tout invétéré fumeur, alcoolique, séducteur du genre bondage, assassin à l’occasion, toujours prompt à en découdre sauvagement avec les pacifistes et a une manière toute personnelle d’échapper aux recherches en paternité… En bref, ce dégénéré est fondamentalement super infréquentable. Alors que l’affreux se fait dégommer dès le début du film, les miaulements suaves de Nat King Cole susurrant son Unforgettable en guise d’oraison funèbre, on se dit qu’il ne va pas être super regretté… Et pourtant, c’est ce meurtre qui va pousser ses anciens compagnons à sortir de la retraite où les a confinés une loi inique votée par un gouvernement ingrat.
Rorschach (excellent Jackie Earle Haley, remarqué en pédophile dans Little children de Todd Field_2007), un résidu de fausse couche, laid comme un pou et total sociopathe se camouflant sous un masque arborant le fameux test (gare à quiconque essaie de le regarder dans les taches, c’est le haut-le-cœur assuré), aurait pu comme tous les garçons méprisés par leur mère, devenir serial killer ; il a préféré faire vigilante par haine de la barbarie. Son sens de la justice expéditive ferait passer Charles Bronson pour un petit chanteur à la croix de bois. Doté d’un sens de la répartie qui tue et d’un sang-froid à toute épreuve, il se révèle surtout à l’usage super suicidaire.
Tout à sa super théorie du complot, il s’en va réveiller Hibou junior (le très mollasson Patrick Wilson***), être veule et gris, étouffé par la flamboyance de son paternel ( Stephen McHattie) et plus préoccupé par sa libido que par l’idée de reprendre le flambeau. Le fiston étant une super pucelle, quel n’est pas son bonheur lorsqu’il est contacté au même moment par Le Spectre Soyeux seconde génération (Malin Akerman****, guère à son aise), fille de la super hot Sally (Carla Gugino, divine, mais que l’on voit trop peu) et accessoirement amante du Dr Manhattan.
Cette super gourdasse, renonçant à une folle nuit en compagnie des clones que son cher et tendre a créé pour s’occuper de son fameux Spectre, ne trouve rien de mieux que de se lancer à l’assaut de l’oisillon (dont les rêves mouillés mettant en scène roulage de patin sur fond de champignon atomique valent leur pesant de neutrons !) tout revigoré après un rendez-vous galant. Au programme : destruction à coup de tatanes des squelettes d’une bande d’ignobles, sauvetage d’un immeuble en flammes d’une armée de travailleurs clandestins… Bref, la routine…
Le club des gais lurons (nous tairons ici ce que cet homophobe d’Hancock de Peter Berg_2008 pense des garçons en collant) ne serait pas complet sans Ozymandias, (Matthew Goode*****), Adrian Veidt dans le civil, blondinet aux yeux bleus ressemblant à s’y méprendre à Siegfried sans son Roy, fasciné par la grandeur pharaonique de Ramsès, un joli garçon tout simple en somme, homme d’affaires sournois et super mercantile … Accompagné d’un bestiau qu’il nomme sa beauté, l’Adrian, secoué de pulsions destructrices, se la joue de préférence super zoophile pour qui la fin justifie les moyens...
Et tout ce beau monde de nous être présenté en détail : leurs blessures d’enfance, leurs (basses) œuvres, leurs problèmes psychologiques, leurs espoirs, leurs dépendances, leurs hantises, leurs (à) côtés humains, trop humains lorsque leurs masques tombent… Sans compter que flotte sur cette aventure un parfum de nihilisme exacerbé par les ruines de Ground Zero******.
Si l’on en croit les connaisseurs et amoureux du roman graphique de Moore et Gibbons comme Rob Gordon, Zack Snyder a rempli son contrat. Succédant aux essais avortés de Terry Gilliam, Darren Aronofsky ou Paul Greengrass, la fidélité du script et le respect avec lequel il a abordé le comic ont été unanimement loués. On peut cependant rêver à ce qu’auraient apporté l’imagination délirante de l’ex-Monty Python ou le sens du rythme du réalisateur des aventures de Jason Bourne, mais force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas une seconde lors des trois heures que dure le film.
Bien sûr, Zack Snyder (qui ne peut s’empêcher de s’autociter en un rapide clin d’œil à 300, inénarrable reconstitution de la bataille des Thermopyles orchestrée par des spartiates postillonneurs aux muscles hypertrophiés) ne peut résister à ses péchés mignons : ralentis intempestifs, effets spéciaux envahissants, mauvais goût assumé, scènes de sexe d’un ridicule achevé (ah ! cette obsession des pectoraux sculptés et fessiers rebondis...). Mais un humour noir de très bon aloi baigne toute cette tragédie à ne pas trop prendre au sérieux, sous peine de dépression immédiate.
La bande originale offre un regard distancié sur les événements et achève d’emporter notre adhésion à cette histoire pleine de bruit et de fureur qui signifie beaucoup et plus amusante qu’il n’y paraît (notamment lorsque notre chouette trouve enfin le mode d’emploi de la Soyeuse et que le Hallelujah de Leonard Cohen retentit. Ces deux-là forment le couple de super héros le plus affligeant depuis Batman et Robin !).
Réalisé dans de superbes décors signés Alex McDowell (The Crow de Alex Proyas_1994, Crying Freeman de Christophe Gans_1996, Fight Club de David Fincher_1999 ou encore Minority report de Steven Spielberg_2002), le film bénéficie d'un somptueux générique, bourré jusqu’à la gueule de références de toute beauté, bercé par The Times They Are A-Changin' de Bob Dylan où le réalisateur******* condense vingt années de super héroïsme parfaitement illégitime et déglingue allègrement les mythes entre crimes crapuleux, corruption généralisée, suicides et peoplisation effrénée.
Et pour les néophytes, l’auteur de ces lignes (qui va se plonger avec délices dans les 12 chapitres du comic) ne saurait trop leur conseiller de se délecter également du reader's digest hilarant de Pascale sur la route du cinéma qui leur permettra de mieux appréhender les méandres de ces troublantes chroniques des justiciers (dé)masqués…
* Ainsi, le géant bleu ira-t-il humer l’odeur du napalm au petit-déjeuner (Hélicos d’Apocalypse now et les Walkyries de Wagner de rigueur) et verra-t-il les Việt Cộngs se prosterner devant sa mâle assurance… en l’occurrence un slip Eminence poutres apparentes porté pour l’occasion. Il faut effectivement préciser que si ce bon docteur se balade la plupart du temps dans le plus simple appareil, il a une certaine tendance à se ridiculiser dès qu’il sort dans le monde, augmentant l’obscénité de sa condition inhumaine en portant caleçon ou costume trois-pièces…
** Rendons à César… La formule est de John Carpenter (Interview dans les bonus DVD d’Escape from NewYork/New York 1997_1981)
*** Remarqué en pédophile (décidément !) visqueux dans Hard candy de David Slade_2006 en mari infidèle et lâche irrévocablement séduit par Kate Winslet dans Little children de Todd Field_2007 et en voisin velléitaire terrorisé par Sam Jackson dans Harcelés/Lakeview Terrace de Neil LaBute_2008)
**** Découverte en femme très imparfaite de Ben Stiller dans le film des Farrelly, La femme de ses rêves/The Heartbreak Kid_2007 et totalement méconnaissable ici sous sa moumoute
***** Vu en brun dans Match Point de Woody Allen_2005 mais quelle fille normalement constituée remarquerait un grand dadais quand Jonathan Rhys-Meyers croise dans les parages ?
****** Watchmen éclaire d’un jour nouveau la destruction de Manhattan, et nous révèle incidemment la véritable identité de l’assassin de John F. Kennedy. Et non, ce n’était pas un mari jaloux…
******* Secondé par la société yU+Co. Le générique peut être visionné (et écouté) à l'adresse suivante : lebuzz.info voyez-le-generique-douverture-de-watchmen-en-integralite

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Interview de Zack Snyder
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Photos © Paramount Pictures France
[Watchmen - Les Gardiens/Watchmen de Zack Snyder_2009_avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Matthew Goode, Billy Crudup, Malin Akerman, Carla Gugino, Stephen McHattie, Jeffrey Dean Morgan]

01/03/09

Go ahead, Mr Eastwood, make my day [Gran Torino]

Excellente nouvelle pour tous les Clintophiles, son dernier opus — véritable film-somme — est à hurler de rire. Le papy indigne (78 ans au compteur quand même) s’est offert le rôle gratiné de Walt Kowalski, vétéran aigri de la guerre de Corée, veuf misanthrope au langage ordurier, qui lui permet de parodier intelligemment les "héros" qui ont fait sa gloire ou son infamie, allant de l’implacable tueur désespéré d’Impitoyable/Unforgiven_1992 (qui reprenait goût au bonheur grâce à l’amour d’une prostituée défigurée) à L’inspecteur Harry (le get off my lawn de Kowalski vaut bien le make my day* du Dirty Harry immortalisé par Don Siegel en 1971) en passant par cette baderne de Maître de guerre/Heartbreak Ridge_1986 (Kowalski remplace néanmoins les pompes guerrières et exercices martiaux par des travaux d’intérêt général en envoyant son petit soldat retaper les maisons du quartier), tout en évitant soigneusement le pathos qui engluait les dernières scènes de son Million Dollar Baby_2005.
Nonobstant, Gran Torino, tout en rendant un bel hommage à tous les émigrants qui ont bâti et contribué à la grandeur des Etats-Unis, est également un gros glaviot balancé en pleine poire de l’Amérique blanche triomphante, raciste, va-t-en guerre et ultra-conservatrice, qui a déjà bien failli avaler son extrait de naissance en voyant Barack Obama entrer à la Maison Blanche…
Accessoirement, Clint Eastwood en profite pour régler définitivement ses comptes avec une carrière schizophrénique et les personnages hauts en couleurs et très ambivalents qu’il n’a jamais hésité à incarner avec un enthousiasme qui lui attira, tout au long de sa vie professionnelle, l’ire des censeurs de tous poils oubliant généreusement que le bonhomme — grand masochiste devant l’éternel — n’a jamais été le dernier à se flageller (au propre comme au figuré) et que même dans ses films les plus extrémistes, les dames y ont souvent eu le dernier mot (tout le casting féminin des Proies/The Beguiled de Don Siegel_1970, Sondra Locke dans L’épreuve de force/The Gauntlet_1977 et Sudden impact_1983 ou la délicieuse Geneviève Bujold dans La corde raide/Tightrope de Richard Tuggle_1984, entre autres**).
Ici, son vieux gâteux sombrant dans l’alcoolisme, confit dans la haine, le remords et les regrets, n’a plus d’autre interlocutrice qu’une vieille chienne, sourde comme un pot, ce qui explique que la pauvre bête ne lui ait pas encore sauté à la gorge à l’écoute de son énième radotage sur les étrangers qui ont envahi sa banlieue chérie (Gran Torino offre également un point de vue unique sur une communauté mal connue fréquentée par le scénariste, Nick Schenk, les Hmongs***) ou la médiocrité de ses enfants, traitres à la patrie et à la mémoire de leur père puisqu’ils n’hésitent pas à s’exhiber dans des voitures japonaises à Detroit, capital américaine de l’automobile, berceau des usines Ford d’où est sortie la Gran Torino qui fait sa fierté de mécano.
L’ancien en rajoute dans le bougonnement rauque, le crachat, l’insulte, l’aparté, bref il est bon pour le cabanon… et c’est bien ce que songe le cancer qui le ronge. Ses échanges fleuris avec ses camarades de chambrée (coiffeur italien ou chef de chantier irlandais), outre qu’ils rappellent une époque pas si lointaine où les émigrés européens, après avoir massacré les gens du cru, se battirent comme des chiffonniers pour le partage du territoire, ne sont pas moins absurdes que les rites d’initiation des gangs (Il est d'ailleurs relativement jouissif pour le vieux grigou d’apprendre que sa guimbarde fait l’objet de toutes les convoitises****) et font passer Harry Callahan pour un enfant de chœur*****.
Suite à un accès de forte méchante humeur où il fait fuir une troupe de malfaisants, sauvant bien involontairement la mise au jeune garçon de la maison voisine, il voit sa triste existence bientôt envahie par un espoir de bonheur, de partage, de rédemption et de respect mutuel grâce aux émigrés Hmong qui l’encerclent désormais. L’ancêtre étant toujours fort sensible aux charmes de la gente féminine******, il n’est pas chose malaisée à la sœur aînée, Sue (parfaitement intégrée, possédant en sus d’un fort joli minois un solide sens de l’humour et de la répartie cinglante) de faire sa conquête, ni aux membres de la communauté de le corrompre grâce à une nourriture aux parfums plus subtils que le bœuf séché dont il a fait son ordinaire depuis la mort de son épouse.
Evoquant tour à tour le Charles Bronson******* d’Un justicier dans la ville/Death Wish de Michael Winner_1974 (notamment lorsque voulant sauver Sue cernée par trois membres d’un gang afro-américain qui ont pris à parti son compagnon, jeune blanc-bec stupide ayant adopté leurs tics de langage, il leur mime un flingue de la main avant de brandir une arme véritable) ou le John Wayne des Cow-boys/The cowboys de Mark Rydell_1972, film dans lequel le grand héros américain apprenait à une bande de jeunes morveux à devenir des hommes, des vrais, le réalisateur enfonce à nouveau le clou qui blesse, confirme et signe.
Il n’a jamais été l’héritier de John Wayne. Comme Sergio Leone le faisait remarquer en rigolant, l’homme sans nom de ses westerns était parfaitement capable de tirer dans le dos de ses semblables et de n’en éprouver aucun remords. Inversement au choix du Dernier des géants/The Shootist_1976 où son vieil ami Don Siegel offrait à la star atteinte d’un cancer une fin digne de sa légende, Clint Eastwood décide que son Walt Kowalski mérite de soigner sa sortie en faisant la nique à sa famille qu’il méprise, au jeune prêtre qui le poursuit de ses assiduités et dont il botterait bien le cul pour avoir eu autant "d’intimité" avec sa chère et tendre lors de la maladie qui l’a emportée (ne lègue-t-il pas sa maison à l’église juste histoire d’être jusqu’au bout un père indigne ?), à son créateur et aux spectateurs qui attendent impatiemment que l’infâme retraité révolvérise toutes les terreurs du quartier.
Devenu un vestige dans une Amérique de flingueurs arrogants à bout de souffle, Eastwood le dinosaure tourne le dos à ses démons, s’efface élégamment en protégeant l’avenir de la nouvelle génération (contrairement aux lardons du film de Mark Rydell qui atteignaient le rang d’homme par un crime de sang) et raccroche les gants. Définitivement ? Well, what do ya think, punk ?

* Go ahead, make my day est la proposition faite par Harry Callahan, héros de Sudden Impact/Le retour de l’inspecteur Harry réalisé en 1983 par Clint Eastwood, au complice des deux braqueurs d’une cafétéria qu’il vient d’abattre. Dialoguiste : Joseph C. Stinson

** Sans oublier la vénéneuse Jessica Walter qui manque lui faire la peau dans son second film, Un frisson dans la nuit/Play Misty for me_1972 et, dans un registre délibérément comique, Shirley MacLaine dans Sierra Torride/Two mules for sister Sara de Don Siegel_1970 où l’actrice déguisée en nonne fait tourner en bourrique le cow-boy mal dégrossi luttant contre ses idées libidineuses qu'incarne un Eastwood totalement dépassé

*** Pour avoir, de gré ou de force, combattu aux côtés des envahisseurs français et américains lors des guerres d’Indochine et du Vietnam, les Hmongs, montagnards originaires du Laos, sont aussi honnis et méprisés que les Harkis et comme eux, ont souffert de l’ingratitude des démocraties auxquelles ils se sont alliés. Ceux qui souhaitent parfaire leurs connaissances sont invités à lire l’excellent — mais éprouvant — témoignage de Cyril Payen Laos, la guerre oubliée (Editions Robert Laffont_2007)

**** Dialogue extrait du Bon, la brute et le truand/Il buono, il brutto, il cattivo de Sergio Leone_1966. Scénario d’Age & Scarpelli.
Man With No Name : You see, in this world there's two kinds of people, my friend: Those with loaded guns and those who dig. You dig.
Comme l’homme sans nom, Walt Kowalski estime que le monde se divise en deux : les émigrés européens, qui possèdent éventuellement une Ford Gran Torino, et la nouvelle génération de réfugiés — latinos, asiatiques — qui essaient de la lui piquer.

***** Dialogue entre Harry Callahan, son nouveau co-équipier d’origine mexicaine (incarné par Reni Santoni) sous l’œil sardonique d’un collègue (interprété par John Mitchum), extrait de Dirty Harry de Don Siegel_1971. Scénario de Harry Julian Fink, Rita M. Fink et Dean Riesner.
Gonzales : There is one question, Inspector Callahan: Why do they call you "Dirty Harry"?
De Georgio : Ah that's one thing about our Harry, doesn't play any favorites! Harry hates everybody: Limeys, Micks, Hebes, Fat Dagos, Niggers, Honkies, Chinks, you name it.
Gonzales : How does he feel about Mexicans?
De Georgio : Ask him.
Harry Callahan : Especially Spics.
La longue litanie raciste de Walt Kowalski finit par faire rire devant tant d'obstination crétine et fait songer au fameux sketch de l’irascible comique Lenny Bruce, que l’on peut entendre dans le biopic que Bob Fosse lui a consacré en 1974 où il est interprété par Dustin Hoffman, d'après un scénario de Julian Barry.
Are there any niggers here tonight? Could you turn on the house lights, please, and could the waiters and waitresses just stop serving, just for a second? And turn off this spot. Now what did he say? "Are there any niggers here tonight?" I know there's one nigger, because I see him back there working. Let's see, there's two niggers. And between those two niggers sits a kike. And there's another kike— that's two kikes and three niggers. And there's a spic. Right? Hmm? There's another spic. Ooh, there's a wop; there's a polack; and, oh, a couple of greaseballs. And there's three lace-curtain Irish micks. And there's one, hip, thick, hunky, funky, boogie. Boogie boogie. Mm-hmm. I got three kikes here, do I hear five kikes? I got five kikes, do I hear six spics, I got six spics, do I hear seven niggers? I got seven niggers. Sold American. I pass with seven niggers, six spics, five micks, four kikes, three guineas, and one wop. Well, I was just trying to make a point, and that is that it's the suppression of the word that gives it the power, the violence, the viciousness. Dig: if President Kennedy would just go on television, and say, "I would like to introduce you to all the niggers in my cabinet," and if he'd just say "nigger nigger nigger nigger nigger" to every nigger he saw, "boogie boogie boogie boogie boogie," "nigger nigger nigger nigger nigger" 'til nigger didn't mean anything anymore, then you could never make some six-year-old black kid cry because somebody called him a nigger at school.
****** Clint Eastwood, tout émoustillé par le charme ravageur de sa jeune actrice, l’exquise Ahney Her, nous offre en prime son sourire de grand gala en rappel savoureux du vieux séducteur impénitent incarné par Donald Sutherland, un des héros cacochymes de son Space cowboys_2000

******* Une autre scène évoque à nouveau Charles Bronson, à qui Sean Penn offrit en 1991 un de ses plus beaux rôles dans son superbe The indian runner, où veuf dépressif il appelle son fils aîné avant de se suicider. La différence est de taille : l’amour filial indéfectible qui lie les protagonistes du film de Penn (acteur pour Eastwood dans le crépusculaire Mystic river_2003, tragédie familiale hantée par les remords et les trahisons) qui fait totalement défaut ici, excepté de manière détournée, lorsque Walt Kowalski décide de prendre sous une aile paternelle quelque peu handicapée le jeune asiatique qui héritera de ses seuls biens, sa voiture et son clébard
Source des dialogues : The Internet Movie Database (IMDb)

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Interview de Clint Eastwood

Photos © Warner Bros. France
[Gran Torino de Clint Eastwood_2009_avec Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her, Geraldine Hughes, John Carroll Lynch, Cory Hardrict, Ashley Kowalski, Dreama Walker, Doua Moua]

Bel ennui [Bellamy]

Le cinéma de Claude Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsque le réalisateur décide d’être cruel avec ses personnages.
Las, avec Bellamy, rôle taillé sur mesure pour Gérard Depardieu à qui il prête certains traits de leurs caractères respectifs (l’amour de la bonne bouffe, des vignobles, des dames… et l’horreur des voyages), le pourfendeur de la bourgeoisie provinciale s’est sacrément adouci (du moins en apparence, son film étrange s’achevant dans une noirceur des plus misanthropes…) et finit par ennuyer* avec une mise en scène poussive, à l’image de son commissaire aux neurones ralentis par la lumière trop crue du soleil nîmois et un physique somme toute aux proportions effarantes…
Le cœur n’a plus l’air d’y être et l’on se fiche comme d’une guigne (et Chabrol aussi sans doute aucun) de savoir qui a tué quoi et pour qui dans cette invraisemblable histoire d’arnaque à l’assurance. Certes, ce diable d’homme filme avec tendresse l'extravagante carcasse de Gérard Depardieu (bien loin de son interprétation en roue libre dans Diamant 13 de Gilles Béhat. Manifestement, le Gégé est content d’être là, c’est déjà ça !) et réussit à nous faire aimer son personnage, gros matou priapique, jaloux et égoïste. Ce n’est pas le moindre de ses talents… Par contre, on a parfois la sensation que le film a été tourné durant la digestion de l’équipe tant le rythme est mou, sans atteindre toutefois le mystère et la perversité qui transparaissent dans le jeu de Bruno Cremer, monumental commissaire Maigret télévisuel auquel le film rend indirectement hommage (le film est dédié à deux Georges, Brassens et Simenon).
Tout occupé à cadrer sa grosse bête envahissante, le réalisateur en oublie les comparses… et si l’acteur, plein de délicatesse, offre l’opportunité de briller à ses imposants côtés à l’exquis casting féminin, il n’en est pas de même pour les garçons qu’il étouffe allègrement. Clovis Cornillac, tout en aigreur avinée, essaie vainement d’exister face au facétieux couple Bunel/Depardieu et Jacques Gamblin (dans un triple rôle, quelle folie !) se perd sous ses masques divers et sombre dans l’hystérie et le parlé faux.
Les dames donc, comme toujours chez Claude Chabrol, s’en sortent finalement beaucoup mieux, à des degrés divers. Les deux Marie, Bunel et Matheron, nous offrent chacune une partition sans faute. Vahina Giocante, superbe, tente de renouveler son personnage de tentatrice mais se fait allègrement voler la vedette par une Adrienne Pauly, acide et excentrique (dans le rôle de Claire Bonheur… comment rater une interprétation avec un patronyme pareil !).
Ajoutons à cela une scène de plaidoirie qui vire à l’absurde (Rodolphe Pauly n’y pousse-t-il pas la chansonnette pour faire acquitter son client et accessoirement assassiner Brassens ?) et l’on regrette que Claude Chabrol, pépère entouré de sa petite famille**, nous ait refilé un de ses films de vacances réalisés sans trop d’efforts.

* Certains spectateurs se sont d’ailleurs laissés aller à une douce torpeur un tantinet bruyante, la faute sans doute aux fauteuils moelleux du Gaumont Opéra…
** Comme à son habitude, il a confié le sort musical de son dernier opus à son fils aîné Matthieu, le cadet, Thomas, fait une apparition éclair et — pince-sans-rire — crache sur la Star Ac’. De plus, la scénariste et dialoguiste Odile Barski est incidemment la maman des petits Pauly… N’en jetez plus !
PS. Les inconditionnels peuvent retrouver le Chabrol des grands jours dans une série d’interviews orchestrées par le site Allo Ciné sur la page : Claude Chabrol juge ses 50 ans de cinéma !

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Photos © TFM Distribution
[Bellamy de Claude Chabrol_2009_avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly, Maxence Aubenas,Yves Verhoeven, Rodolphe Pauly]

28/02/09

Chiens galeux [Underworld 3 : le soulèvement des Lycans]

Le soulèvement des Lycans est le troisième chapitre de la saga Underworld mais précèdent, dans l’histoire, les deux opus signés Len Wiseman…
Nonobstant, si nous faisions connaissance de Sélène (la croquignolette Kate Beckinsale revêtue de latex, look total dominatrice), redoutable guerrière vampire et de ses charmants complices dans le premier épisode (2003), la trahison de son clan par la perfide qui se permettait au cours du film de tomber raide dingue d’un blondinet fadasse (Scott Speedman, aussi tartignolle qu’à l’ordinaire*) donna lieu à un second long-métrage, Underworld 2 Evolution_2006 toujours réalisé par Wiseman (époux de la jolie dame) où vampires et lycanthropes se lançaient comme un seul homme à la poursuite du couple maudit accusé de vouloir abâtardir leurs races.
Au cours de sa crise d’adolescence, la belliqueuse et ingrate Sélène apprenait à ses dépens l’histoire de sa "famille" par la grâce d’un flash-back moyenâgeux sis en terres vampiriques, qui tentait d’expliquer en moins d’un quart d’heure les us, coutumes, crimes et châtiments préexistant aux rapports haineux qu’entretenaient désormais les deux personnages principaux : Viktor, le plus ancien des vampires et Lucian, lycanthrope dans le civil. Au final, le leader des loups-garous n’avait eu que le tort de se permettre quelques privautés sur la fille du suceur de sang sans que la damoiselle n’y trouve à redire… au grand dam du papa outré !
Pour ceux qui avaient raté le début ou n’avaient pas tout compris, une escouade de producteurs (pas moins de dix, dont Kevin Grevioux, également scénariste et acteur**) ont estimé nécessaire d’étirer en une heure et demie une malheureuse chronique tenant sur un médaillon et ont offert la réalisation au responsable des effets spéciaux et créateur des fameux Lycans, Patrick Tatopoulos qui, s’il n’est pas manchot question décoration (Se détachent notamment sur son CV Dark City d’Alex Proyas _1998, Pitch Black de David Twohy_2000 ou Silent Hill de Christophe Gans_2006) a encore des progrès à faire en matière de direction d’acteurs…
Place donc au conflit originel où s’affrontèrent canines aiguisées et chiens enragés. Qui pourra peut-être intéresser tous ceux qui ne connaissent pas la saga… Car les autres en seront quelque peu pour leurs frais question suspense et nouveauté puisqu’ils savent déjà pertinemment que ce malfaisant de Viktor, écœuré par leur union contre-nature, n’a pas hésité à condamner sa propre fille à être brulée vive par la lumière du jour sous les yeux de son amoureux velu…
Certes, les décors sont magnifiques (le film a été réalisé en Nouvelle Zélande et le directeur artistique, Dan Hennah, a fait ses classes avec Peter Jackson), les responsables des effets digitaux et marionnettistes de tous poils s’en sont certainement donnés à cœur joie à animer toutes les bestioles hystériques qui passent leur temps à festoyer de tendres chairs mais le spectateur s’ennuie ferme… Il n’y a guère de souffle épique dans ce soulèvement d’esclaves (et oui ! Lucian n’est pas un animal, Lucian est un lycan libre et entend le faire savoir à ses maîtres, dut-il croquer du vampire jusqu’à la fin de ses jours…) et le couple d’amants Lucian/Sonja — interprété par un Michael Sheen*** chevelu et une Rona Mithra impavide — est aussi charismatique qu’une armée d’endives.
Le grand gagnant reste encore et toujours cette vieille goule de Viktor. L’interprétation de Bill Nighty****, mal absolu en pleine décrépitude, est bien la seule chose intéressante à sauver de ce salmigondis.

* Il disparaît littéralement face à Kurt Russell dans le Dark Blue de Ron Shelton_2003 ou Willem Dafoe dans Anamorph d’Henry Miller_2007… Dans Underworld, le fait que la Kate n’en fasse pas immédiatement son quatre-heures est uniquement du à une blague des scénaristes
** Acteur à la voix caverneuse et d’une stature impressionnante, il interprète Raze, humain contaminé et premier lieutenant de Lucian
*** Tony Blair dans The Queen de Stephen Frears_2006, c’était lui aussi… c’est dire s’il fait envie…
**** Inoubliable patron de presse dans la remarquable série créée par Paul Abbott en 2003, State of Play/Jeux de pouvoir, impayable en Davy Jones chez Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit/Pirates of the Caribbean 2 : Dead Man's Chest _2006), il ne faut pas non plus rater ses participations aux deux films Edgar Wright, Shaun of the dead_2005 et Hot Fuzz_2007

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Photos © SND
[Underworld 3 : le soulèvement des Lycans/Underworld : Rise of the Lycans de Patrick Tatopoulos_2009_avec Michael Sheen, Bill Nighy, Rhona Mitra, Andreas Tanis, Steven Mackintosh, Kevin Grevioux, David Ashton, Alex Carroll]

25/02/09

Partenaires dans le crime

Le magazine Vanity Fair propose dans son numéro de mars, outre un portrait de Barack Obama, nouvelle star incontestée des médias, un superbe portfolio signé Annie Leibovitz, consacré à une dizaine de "couples" d’acteurs/réalisateurs présents cette année à la cérémonie des Oscars, dont un Clint Eastwood solitaire qui semble clôturer sa carrière schizophrénique avec un grand film. The old hand (légende du portrait) n'a manifestement pas fini de nous surprendre…
Pour profiter du diaporama, rendez-vous sur leur site web :
http://www.vanityfair.com/culture/features/2009/03/actors-directors-portfolio200903
Sont également proposés des making of sur quatre des dix portraits réalisés. Pour admirer les pectoraux d’un Mickey Rourke goguenard ou tenter de percer l’intimité du couple Winslet/Mendes, il suffit de se rendre à l’adresse suivante :
http://www.vanityfair.com/culture/features/2009/03/behind-the-scenes-video200903

Danny Boyle et Dev Patel, New York
Darren Aronofsky et Mickey Rourke, New York

Sam Mendes et Kate Winslet, New York

Clint Eastwood, Carmel
Photos © Annie Leibovitz pour Vanity Fair

22/02/09

La passion de Mickey [The wrestler]

Un film qui s’achève par un générique bercé par la voix de Bruce Springsteen* ne peut décidément pas être mauvais.
Il n’est guère innocent que le film (gore) de Mel Gibson La passion du Christ (The passion of the Christ_2004) soit évoqué dans le dernier opus de Darren Aronofsky. Le réalisateur ne sort-il pas du purgatoire où l’ont plongé les critiques assassines et le flop (injustifié, au vu des dithyrambes que récolte aujourd’hui le dernier film ampoulé de David Fincher) de The fountain (2006) ? Et l’acteur qu’il a choisi (on n’ose imaginer ce qu’aurait été The wrestler interprété par ce grand cabotin de Nicolas Cage) pour filmer sa résurrection n’entame-t-il pas lui aussi son propre chemin de croix vers une consécration méritée ?
Après une radiographie de l’Amérique junkie (dans Requiem for a dream_2001), Darren Aronofsky filme aujourd’hui les laissés-pour-compte du grand rêve américain et de la société du spectacle en s’immergeant au cœur même d’une drôle de confrérie, celle des catcheurs professionnels… Mais fi des stars et des grands matchs retransmis par la World Wide Wrestling Federation (dont les fleurons restent Dwayne The Rock Johnson ou Hulk Hogan qui poursuivent tous deux une carrière à Hollywood) et place aux petits, aux sans-grades, aux obscurs.
Le réalisateur s’attache ici à décrire la survie d’un vétéran qui fut célèbre lors des fameuses années don’t worry be happy (Bobby McFerrin_1988) et qui, par manque de talent, d’opportunité ou d’intelligence, ne sut se reconvertir et continue désormais, avec ses compagnons d’infortune, à se produire pour le bonheur de ses fans sur des rings ressemblant plus à un abattoir qu’à une salle de sport. Certaines scènes de combat, d’une violence inouïe, en disent fort long sur le dolorisme latent de ces modernes gladiateurs qui n’hésitent pas à s’automutiler pour assurer un spectacle digne de ce nom (ainsi, après une joute à l’agrafeuse, le dos de notre héros portera-t-il les mêmes stigmates que le Pale rider d’un certain Clint Eastwood, autre grand masochiste devant l’éternel).
Ironiquement, c’est justement en (affable, voire impayable) boucher que le pathétique héros de The wrestler se déguise, la journée venue, pour subsister, payer le loyer de son misérable mobil home, s’offrir de temps en temps une lap dance et acheter anabolisants, calmants et autres substances parfaitement illicites lui permettant de contrôler un corps devenu récalcitrant avec l’âge.
Et parlons-en de ce corps. Celui de Randy The Ram* Robinson dont le nom ressemble à un pseudo. Ça tombe bien, c’en est un : sa véritable identité est Robin (comme le petit copain de Batman) Razinski et n’a pas l’heur de plaire à son propriétaire. La consonance ne verse certes pas du côté "mâle yankee"… D’ailleurs, dans ce milieu shooté à la testostérone, les catcheurs ressemblent au mieux à Attila (ou, ici, à un Ayatollah combattant sous les couleurs iraniennes… The Ram ne se privera pas de briser l’étendard sous les acclamations chauvines des rednecks pur teint qui composent le public), au pire à Axl Rose. Hommage ? Mickey Rourke lui emprunte sa chevelure peroxydée, ses fringues d’un goût douteux et son arrogance toute rock’n roll. Mais conserve son regard fracassé.
Aussi botoxé qu’une Pamela Anderson, la peau cramée par les UV, le visage détruit par les innombrables chirurgies très inesthétiques subies lors de ces dix dernières années, le corps meurtri par les excès, abîmé par de vilains tatouages (dont un christ implorant qui lui mange le dos) et alourdi par la mauvaise graisse et des muscles hypertrophiés, le Mickey est proprement sidérant. S’offrant sans aucune pudeur à la caméra scrutatrice de Darren Aronofsky, il trouve en The wrestler non pas le rôle de sa vie, mais un personnage, qu’en adepte de la méthode Stanislavski poussée à son paroxysme, il s’emploie à créer depuis près de vingt ans.
Sa présence incandescente transcende le film, réalisé comme un documentaire (plus de belles images léchées, priorité aux plans bruts de décoffrage panachés de mauvais goût) autant sur les à-côtés des petits matchs minables (il faut voir toutes ces grandes brutes comploter leur chorégraphie comme autant de coups de théâtre à offrir à un public qui mérite, pour sa fidélité, d’en avoir pour son argent) que sur le vécu d’un acteur star, éternel phœnix renaissant sans cesse de ses cendres, gâté par trop de succès, de morgue non feinte, de choix de carrière désastreux et d’un talent sans égal pour l’autodestruction.
Darren Aronofsky a l’intelligence dès que débute le film, en un involontaire (?) hommage à la jeune Rosetta des frères Dardenne (1999), de suivre et de faire corps — avec toute la tendresse nécessaire — avec son fameux bélier en perpétuel mouvement et de ne plus le quitter jusqu’à sa fin, en une parodie de crucifixion sur les cordes… d’où il s’envole.
Entretemps, il nous aura fait craindre un grand mélodrame teinté de sentimentalisme à la Rocky, avec rédemption, grande scène de pardon familial et victoire à la clé. Fausse alerte. Il n’y aura pas de seconde chance pour le barbare en chignon, ni avec sa fille (interprétation toute en ferveur de l’exquise Evan Rachel Wood) avec qui il dansera sur les années gâchées, ni avec la femme qu’il courtise, stripteaseuse improbable*** et encore moins avec le petit cœur fragile qui bat sous sa frustre carcasse.
Le discours précédant ce qui sera vraisemblablement son dernier combat, celui pour lequel il abandonne toute idée d’accéder à la "normalité", s’il n’a été écrit par l'acteur lui-même, pourrait avantageusement lui servir de mot de remerciements à la cérémonie des Oscars s’il est distingué par ses pairs cette année :
« I just want to say to you all tonight I'm very grateful to be here. A lot of people told me that I'd never wrestle again and that's all I do. You know, if you live hard and play hard and you burn the candle at both ends, you pay the price for it. You know in this life you can loose everything you love, everything that loves you. Now I don't hear as good as I used to and I forget stuff and I aint as pretty as I used to be but god damn it I'm still standing here and I'm The Ram. As times goes by, as times goes by, they say "he's washed up", "he's finished" , "he's a loser", "he's all through". You know what? The only one that's going to tell me when I'm through doing my thing is you people here. »
Randy The Ram Robinson
Chapeau bas l’artiste !
* Le morceau The wrestler, spécialement composé pour le film, figure sur l’album Working on a dream. Bruce Springsteen est également l’auteur, entre autres, des chansons des génériques de Philadelphia de Jonathan Demme_1993, The Crossing guard de Sean Penn_1995 et Dead man walking de Tim Robbins_1995.
** Ce surnom de "Bélier" ne lui vient pas d’une grande endurance sexuelle mais décrit sa prise favorite : l’art de s’envoler comme une ballerine du haut des cordes du ring pour finir par un plaqué au corps de ses malheureux adversaires qui n’en peuvent mais.
*** Et pour cause, elle est jouée par Marisa Tomei, qui après avoir affolé les deux hommes de sa vie dans 7h58 ce samedi-là (Before the Devil Knows You're Dead de Sidney Lumet_2007) continue de révéler la bombe sexuelle qui sommeille en elle. Elle est le très gros cliché du film : mère courage le jour, stripteaseuse la nuit et s'en tire plutôt pas mal (voire même très bien disent les garçons).

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Interview de Mickey Rourke
Interview de Darren Aronofsky
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Photos © Mars Distribution
[The wrestler de Darren Aronofsky_2009_Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood, Ajay Naidu, Mark Margolis, Todd Barry, Ernest Miller (II), Dylan Summers]

17/02/09

Fièvre disco au temps de Pinochet [Tony Manero]

1977, un certain John Travolta chaloupe grave du bassin et gigote vers la gloire dans La fièvre du samedi soir (Saturday night fever_John Badham), enflammant les dance floors sous le charmant sobriquet de Tony Manero.
1978, à Santiago du Chili survivant sous le joug d’un certain Pinochet, les entrechats dudit Tony affolent salement un quinquagénaire, Raúl, qui pour tromper le mortel ennui d’une vie sans avenir, décide d’exister en devenant "ça".
"Ça" consiste à revêtir une reproduction à l’identique du costume endossé par l’enfiévré (costard 3pièces d’un blanc immaculé, pattes d’ef, chemise col pelle à tarte, il n’est jusqu’au slip noir qui ne soit d’origine) et de rejouer le film — dialogues en V.O. compris — sur la scène du night-club minable où il travaille.
Ce qui pourrait passer pour une aimable lubie lui permettant d’échapper au sentiment de claustrophobie provoqué par le quadrillage de la ville par les sbires du général, se transforme en folie furieuse lorsque notre danseur se montre prêt à tout pour participer à un concours télévisé de sosies de Tony Manero, y compris se soulager puis barbouiller de fèces les vêtements d’un jeune rival…
Et là n’est pas le moindre des talents du psychopathe. Apolitique rigoureusement dénué de conscience et de scrupules, capable de tuer à mains nues la cacochyme veuve d’un colonel aux fins de lui dérober sa télévision, il n’hésite pas plus à faire les poches d’un opposant au régime abattu sans autre forme de procès par deux dignes représentants de l’autorité. De même que les propriétaires d’un cinéma paieront le prix fort pour avoir osé déprogrammer son film culte au profit de Grease (Randal Kleiser_1978)…
Le candidat aux quinze minutes de célébrité tant célébrées par Warhol* est incarné sans fausse pudeur et froide impassibilité par Alfredo Castro, un fascinant comédien chilien (et co-scénariste) ressemblant parfois jusqu’au vertige à un autre Tony, Montana celui-ci, immortalisé par Al Pacino…
Rien ne nous est épargné, ni la férocité des homicides, ni les scènes très crues exposant la misère sexuelle de pathétiques destinées. Inutile donc de préciser que ce film s’adresse à un public averti, de même que tout éventuel réfractaire aux vocalises des frères Gibb est prié de passer son chemin.
Pablo Larrain, très adroitement, en s’attachant à suivre pas à pas l’absurde monomanie de son répugnant héros, dresse un portrait effrayant des années de dictature chilienne et évoque subtilement tant la propagande étasunienne que la fascination exercée par les films hollywoodiens sur les peuples en léthargie.
Son film à l’image sale, parfois floue (où semble se noyer l’obsessionnel), qui tressaute même au rythme des humeurs de l’aliéné, diffuse une sensation d'amertume. Notamment parce que le réalisateur n'offre au spectateur aucune chance d’envisager un quelconque châtiment pour le gredin. Bien au contraire, lorsque l'aventure s’achève, il est évident que le cauchemar, lui, n’est pas terminé. Ne subsistent aucun soulagement ni aucun espoir, tout est consommé, et ces misérables petits morceaux de non-vie qui ont traversé l’écran comme des fantômes glacent définitivement le sang.
* "In the future, everyone will be famous for 15 minutes." Andy Warhol (1968)

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Photo © Sophie Dulac Distribution
[Tony Manero de Pablo Larrain_2009_avec Alfredo Castro, Amparo Noguera, Paola Lattus, Hector Morales, Elsa Pobletes]

15/02/09

Le meilleur ami de l'astronaute et autres contes animaliers [Les beautiful Fools]

Pour le plaisir des yeux et percevoir un peu de bonheur dans ce monde de brutes, revoici Les beautiful fools (starring Laure Saupique, Valérie Zaccomer et Eric Chantelauze) dans leurs hautes œuvres, soit un clip réalisé à l’occasion de la sortie du premier album de Pascal Sangla, pianiste et comédien. Quelques chansons, dont "le papillon blanc" et "avec mon piano", sont offertes à l’écoute sur le site de l’artiste : http://www.myspace.com/pascalsangla

Le plus beau des trois par Pascal Sangla


Et aux fins que vous n’hésitiez pas à visiter le site des Beautiful fools [http://www.myspace.com/lesbeautifulfools], voici une de leur petite merveille d’humour bricolé, prix du public au festival Curta Cinema de Rio de Janeiro en 2007.

Laïka 3 novembre 1957


Ce billet fait suite à Beautiful Beth (de scène) [Les beautiful Fools] posté le 2 juillet 2008.

12/02/09

Cauchemar conjugal [Les noces rebelles]

C’est plus le souvenir ému d’un Kevin Spacey se paluchant frénétiquement sous sa douche matinale dans l’ambiance délétère de l’american way of life d’American Beauty_2000 qui pousse à aller voir de plus près le dernier opus de Sam Mendes consacré à la biopsie d’un couple dans les années triomphantes de l’après-guerre, qu'une folle envie de retrouver "le" couple d’amants de Titanic_1998* et de découvrir ce qui serait advenu de leurs rêves et de leurs amours si Jack n’avait décidé de couler à pic laissant Rose idéaliser leur vie commune.
On peut aisément comprendre ce qui a attiré Kate Winslet dans cette histoire : l’évidente occasion d’incarner un superbe personnage de femme borderline dans la droite ligne de ses interprétations dans Marrakech Express de Gillies MacKinnon_1999, Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry _2004 ou Little children de Todd Field_2007 et oui, elle y est parfaite en névrosée fantasque.
A la voir, si lisse, si blonde, si frigide, on se dit même qu’elle ne déparerait pas dans un beau rôle de garce de film noir aussi létale que Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort**. Malheureusement, nous sommes ici plongés dans un grand drame psychologique, sans l’ombre d’un crime ou presque.
Quand le film débute, c’en est déjà fini de l’amour entre April/Kate Winslet et Franck/Leonardo di Caprio. A-t-il du reste jamais existé si ce n’est dans les fantasmes de cette Bovary désormais confrontée au conformisme morbide d’une vie toute tracée : un mariage, des enfants (qui ne seront jamais que quantité négligeable, limite boulet, durant les deux heures que dure la projection), une maison pimpante toute équipée dans une banlieue chic (ironiquement baptisée Revolutionary road), puis la mélancolie, la médiocrité et les misérables coucheries.
Il est à noter que dans le rôle du mari lâche et pathétique (la scène de séduction d’une petite cruche de secrétaire est à cet effet exemplaire), étouffé par les chimères d’une épouse qu’il souhaiterait voir rentrer dans le rang, Leonardo di Caprio, même s’il trimballe toujours son air poupin, a pris de l’épaisseur et ne démérite pas face à une Kate Winslet transfigurée en desperate housewife. Aliénée, mauvaise mère, épouse toujours plus insatisfaite, sans grand talent malgré son ambition démesurée, April s’étiole au fur et à mesure que ses névroses l’envahissent et dépérit au même rythme que le spectateur totalement asphyxié par l’odeur de naphtaline qui s’échappe de ce film d’un autre âge. Il aurait été judicieux que le réalisateur insuffle à son œuvre d'un académisme étouffant un minimum d’humour et de distance.
Et comme si l’on n’avait pas déjà compris qu’il n’y aurait aucune issue positive au conflit cauchemardesque opposant une mythomane castratrice à un pitoyable gamin d’une veulerie à pleurer, Sam Mendes nous afflige encore en nous imposant la présence d’un chœur antique (incarné par Michael Shannon dont le talent mérite mieux que ce rôle navrant d’excité du bocal) venu en renfort nous traduire le sens caché des scènes de ménage interminables et répétitives que nous venons de subir. Le traitement des disputes affichant une fausse théâtralité, la Kate tournant virago et le Leonardo éructant à force moulinets de bras nous laissent à songer que nous assistons aux répétitions d’un juvénile remake de Qui a peur de Virginia Woolf ?**.
Peu à peu, l’ennui le gagnant aussi sûrement qu’une épouse frustrée, le spectateur se prend à espérer qu’April se décoiffe un peu, découpe son mari en petits morceaux et s’enfuit avec ses parties intimes vers Paris après avoir étouffé ses enfants, détruit son charmant mobilier à force tronçonneuse et mis le feu au quartier. Rien de tout cela, bien évidemment.
Sam Mendes, qui n’a jamais passé pour un maître de l’ellipse, n’hésite pas au contraire, très complaisamment, à enfoncer le clou sur les malheurs conjugaux des couples en désamour (la séduction d’un voisin — époux d’une "pondeuse" — s’achève sur un rapide et triste petit coït, un retour de flammes entre les époux condamne l’épouse à la maternité) jusqu’à une fin moralisatrice difficilement acceptable.
Espérons pour l’avenir du couple Mendes qu’il est moins dysfonctionnel que ceux qu’il se complait à épingler ici avec tant de cruauté.
* Partant du principe que le chef d’œuvre romanesque de James Cameron demeure Abyss_1989
** Assurance sur la mort/Double indemnity de Billy Wilder_1944**
*** Qui a peur de Virginia Woolf/Who's Afraid of Virginia Woolf? de Mike Nichols_1967

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[Les Noces rebelles/Revolutionary Road de Sam Mendes_2009_avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathryn Hahn, David Harbour, Kathy Bates, Richard Easton, Zoe Kazan]

11/02/09

L’insoutenable légèreté du Pitt en numérique [L'étrange histoire de Benjamin Button]

La vie est ainsi faite : les gens naissent, vieillissent — à leur grand dam et au bonheur des cosmétiques — puis meurent pour laisser la place à d’autres qui naissent, déclinent, se shootent au botox, mais trépassent quand même, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Tout le monde n’a pas la chance d’être vampire, voire Highlander
Le monde est injuste aussi. Les gens naissent libres et égaux, mais la nature se charge d’en avantager certains par rapport à d’autres… Ainsi, l’insolente jeunesse de Brad Pitt, acteur quadragénaire et la beauté diaphane de Cate Blanchett en font les interprètes idéaux pour ce (trop) joli, (très) long conte de fées (terriblement consensuel) adapté d’une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald.
Cette histoire de mort et d’amour* débute par un bien bouleversant prologue : un horloger ayant perdu son fils fabrique une immense pendule qui avance à rebours dans l’espoir de faire revivre les disparus… Dommage que la reconstitution du siècle en de belles illustrations rappelle le méchant académisme du dernier Sam Mendes.
L’aventure prenant corps dans les décors surannés d’un hospice sis à la Nouvelle-Orléans, la mort est omniprésente et acceptée de tous, avec piété ou résignation, comme le terme inéluctable de toute vie… Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’était le fabuleux destin de Benjamin Button. Affichant 80 ans au compteur le jour de sa naissance, il ne cessera de rajeunir, vivant totalement à l’envers du commun des mortels, mais parmi eux, sans ostracisme**, ni réel souci, si ce n’est celui d’arriver à être parfaitement synchrone (corps et esprit) avec Daisy, l’amour de sa vie (moment que le réalisateur gâchera en filmant allègrement leur courte vie conjugale façon publicité GMF).
Après l'extrême noirceur de Zodiac_2007 qui autopsiait les obsessions de ses héros confrontés à un serial killer insaisissable, il semble que David Fincher ait eu envie de souffler et de s’offrir une belle histoire d’amour (dommage qu’un sentimentalisme écœurant plombe parfois la romance), très chaste, un mélodrame familial en quelque sorte, sans aspérité et très sucré (tout le monde il est beau etc.), saupoudré d’un peu d’humour (les mésaventures d’un homme poursuivi par la foudre, réalisées en super 8 à la manière des Keystone cops, parcourent épisodiquement le film réveillant le spectateur assoupi). Ajoutons à cela des considérations pseudo-philosophiques, des clichés infernaux*** et surtout le moment le plus abscons et ridicule du film où le metteur en scène nous expose dans le détail un épisode de la théorie du chaos du plus bel effet papillon… Alors que le postulat du départ aurait suffi au bonheur des spectateurs s’il avait été un peu plus incarné et traité en toute honnêteté.
Car la vie de rêve de Benjamin Button ressemble fort à un cauchemar pour tous ceux qui l’entourent, vu que l’impudent rajeunissement au fil des années de notre héros leur rappelle constamment leur condition de mortel et le flétrissement de leur chair… Comme dans la superbe scène où Daisy, à l’aube de la cinquantaine, voit revenir Benjamin sous les traits d’un jeune homme (Brad Pitt, version poupon made in Thelma and Louise_Ridley Scott_1991). Mais David Fincher dans un accès de pudibonderie occultera la scène d’amour des deux amants et filmera chastement leur baiser dans l’ombre.
Rétrospectivement, L'Etrange histoire de Benjamin Button se révèle être une ode à la maternité. Le passage le plus poignant du film n’est-il pas en définitive lorsque Daisy retrouve le père de sa fille sous l’apparence d’un enfant d’une dizaine d’années (Brad a déclaré forfait) et devient sa (grand) mère aimante et protectrice ? C’est dans les dernières scènes où Benjamin Button retombe en enfance, s’avance à l’état de joli nourrisson et s’éteint dans les bras de sa bien-aimée qui le berce, que le trouble et l’émotion interviennent enfin. Et le talent de Cate Blanchett y est indéniable.
Une autre actrice apporte un supplément d’âme au film, Tilda Swinton. Son interprétation de grande bourgeoise, épouse frustrée, tentant de résister à l’étrange attirance qu’elle éprouve pour un marin bien plus vieux qu’elle (Brad Pitt, version Robert Redford à l’aube de la soixantaine) est toute en élégance et subtilité.
Que dire alors de l’interprète principal, véritable cheville ouvrière de cette fresque interminable, Brad Pitt ? Englouti les 9/10è du film sous des effets spéciaux, numérisé, souvent réduit à une voix-off plutôt pesante, faire-valoir de ces dames, on peut apprécier chez l’acteur sa grande humilité, mais le préférer néanmoins en coach sportif décérébré, en mari désespéré de Cate Blanchett, en pur fantasme du WASP schizophrène interprété par Edward Norton ou en fumeur de ganja et autres substances parfaitement illicites****.

* Sur le thème de l’amour fou et le destin cruel s’acharnant à séparer les deux amants, on peut réévaluer The fountain de Darren Aronofsky_2006, ou revoir ses classiques, Peter Ibbetson d'Henry Hathaway_1935, Pandora/Pandora and the Flying Dutchman d'Albert Lewin_1951 ou Le fantôme de Madame Muir/The Ghost and Mrs. Muir de Joseph L. Mankiewicz_1947… les yeux fermés et rêver à ce qu’aurait pu être L’étrange histoire de Benjamin Button entre des mains plus sensuelles
** Hormis son géniteur qui l’abandonne, effaré par une telle horreur, mais finit cependant par lui léguer tous ses biens (ça compense), Benjamin ne rencontre que des êtres pétris d'humanité et autres personnages forts en gueule qui l’adoptent illico (Jared Harris en capitaine de chalutier, un pygmée… Euh ? Oui, un pygmée… Et pourquoi ? A la réflexion, pourquoi pas ? Certains rencontrent bien des boites de chocolat et des amateurs de crevettes)
*** Et des dialogues grotesques comme ce grand moment d’humour (involontaire ?) où les juvéniles amants se regardent droit dans leurs (beaux) yeux… "M’aimeras-tu quand j’aurais des rides ?" s’inquiète Daisy/Cate Blanchett somptueuse (la vache !)... "M’aimeras-tu quand j’aurais de l’acné ?" répond le grand dadais… Fou rire assuré !
**** Dans respectivement, Burn after Reading de Joel et Ethan Cohen_2008, Babel de Alejandro González Inárritu_2006, Fight club de David Fincher_1999, True Romance de Tony Scott_1993

Interview David Fincher
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[L'Etrange histoire de Benjamin Button/ The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher_2009_avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond, Taraji P. Henson, Jason Flemyng, Tilda Swinton, Jared Harris, Elias Koteas, Elle Fanning]

07/02/09

Ma puberté chez les vampires [Morse]

Qu’il fait donc froid dans cette misérable petite banlieue enneigée de Stockholm et que l’on s’y sent bien seul lorsque comme Oskar (excellent Kare Hedebrant), 12 ans, enfant timide de parents divorcés, on est le souffre-douleur désigné des graines de délinquant qui hantent les collèges et que l’on a la malchance de posséder un physique pour le moins équivoque. Oskar ressemble curieusement à une gamine trop vite poussée en graine avec son joli visage pâle efféminé, ses cheveux trop blonds et son corps dégingandé. Mais sous ses dehors gauches, Oskar n’a rien d’une innocente oiselle et ses mauvaises habitudes (collectionner soigneusement des coupures de journaux relatant des crimes affreux ou attaquer les arbres au couteau en une brutale imitation de ce psychopathe de Travis Bickle*) annoncent un serial killer en devenir.
Hors donc, il était grand temps qu’Oskar, travaillé comme tous les adolescents de son âge par sa libido, croise le chemin d’Eli, une drôle de paroissienne. Affublé d’un prénom ambigu, la jeune fille (remarquablement interprétée par Lina Leandersson, à la beauté surannée) affiche elle aussi 12 années au compteur — bien qu’elle ne se souvienne plus en quel siècle elle les a fêtées… — ne sort que la nuit, vomit les petites friandises qu’il lui offre, a une bien étrange cicatrice intime et laisse s'exprimer sa part animale lorsque le nigaud s’entaille le doigt sacrifiant à un stupide rituel.
Oskar est transfiguré : bon sang ne peut mentir, sa voisine est une vampire. Alors, qui est l’homme qui vit avec elle ? Son père, son pourvoyeur en hémoglobine (et meurtrier désastreux), son époux, son frère, un enfant solitaire qui a vieilli près d’elle lié à jamais par un étrange contrat ? Le réalisateur Tomas Alfredson préfère laisser planer un doute délicieux.
Une mélancolie certaine dirige la vie d’Eli, mais sa survie est essentielle, toute en froide logique (Sa psyché est en cela radicalement différente de celle de Kirsten Dunst, petit vampire revanchard car coincé pour l’éternité dans un corps d’enfant**). Oskar rêve de meurtres et de vengeance, Eli a faim. Oskar est en manque d’affection, Eli a follement besoin de protection. Ces deux-là se reconnaissent enfin, puis scellent leur destin lorsqu’Oskar propose à Eli de pénétrer sous son toit***, respectant à la lettre le mythe vampirique qui veut que le mal ne puisse s’introduire dans une demeure que s’il y est respectueusement invité.
Ce film fait froid dans le dos, moins par ce qu’il montre (les exactions d’Eli sont souvent filmées en ellipses ou furtivement, sous l’œil effaré de quelques témoins involontaires ; les effets spéciaux sont réduits à la portion congrue et souvent artisanaux — et de ce fait, cocasses) que par ce qu’il suggère de transgression, de bonheur dans le crime, de cruautés enfantines et d’ineffable tristesse. La violence, lorsqu’elle est filmée crûment, surprend et laisse exsangue, bien que Tomas Alfredson ne manque pas d’humour… Voir la scène de meurtre extrêmement décalée qui ouvre le film, où un homme égorgé se vide de son sang sous l’œil concupiscent d’un élégant clébard d’un blanc aussi immaculé que la neige qu’il foule.
Il est appréciable que le réalisateur, tout en décrivant un coup de foudre peu conventionnel entre deux adolescents à peine éveillés de l’enfance (et qui ne concluront jamais, à moins qu’Eli ne décide de contaminer Oskar en le mordant), injecte révérencieusement ici et là quelques rappels discrets sur les us et coutumes de la gente vampirique (la vélocité, la pâleur morbide, l'autocombustion à la lumière du jour, les transformations ; mais si Eli peut saigner, notamment lorsqu’Oskar découvrant le plaisir de torturer plus faible que soi ne respecte plus les conventions, ses canines ne poussent pas) qui contribuent au climat d’étrangeté de ce très beau film. A cela s’ajoute une excellente bande sonore regorgeant de bruits insolites, gargouillis et autres sifflements qui subtilement ponctuent des images parfois fort banales et par là, inquiétantes en diable.
* Héros du Taxi driver de Martin Scorsese_1976, interprété par Robert de Niro
** Dans Interview avec un vampire/Interview with the Vampire : The Vampire Chronicles _Neil Jordan_1994 où la petiote est voracement croquée par un Brad Pitt affamé… Il y a pire comme destin prétendront certaines…
*** Si le titre français met l’accent sur la trouvaille d’Oskar pour communiquer plus aisément avec l’appartement d’Eli, le titre original Låt den rätte komma signifie "laissez entrer la bonne personne"

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[Morse/Låt den rätte komma in de Tomas Alfredson_2008_avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg, Ika Nord]

31/01/09

Mais que fait la police ? [Diamant 13]

Faisons court : le film de Gilles Béat ressemble à son affiche, il est moche et tout pourri. Et le réalisateur a beau avoir laissé tomber le h de son nom, on a bien vite reconnu l’inénarrable metteur en scène de Rue Barbare_1984 (Cultissime plaisir coupable, avec Bernard Giraudeau déguisé en docker filant des coups de boule à Bernard-Pierre Donnadieu), Urgence_1985 (avec la toute frêle Fanny Bastien balançant de méchants coups de latte au même, estampillé gros affreux des années 80 dans les polars à la française) et surtout Dancing machine_1990, superbe nanar où sont venus sombrer corps et biens Alain Delon (en maître de ballet, on en rit encore) et Patrick Dupont.
Mais ce n’est pas ce passé somme toute exaltant qui allait faire peur au nouveau duo comique, Depardieu et Marchal. Bien au contraire, les deux larrons semblent résolument ravis de se retrouver après 36 quai des orfèvres_2004 pour une énième (sous) mouture de leurs aventures cinématographiques que Béat/Béhat pille sans vergogne et pour cause, le scénario est signé Olivier Marchal…
Il n’est donc guère étonnant d’y retrouver ses tics particulièrement agaçants (des flics au bout du rouleau, alcooliques, mais toujours armés (au secours !), des tabassages en règle, des commissariats puant le foutre et la sueur emplie de trop jolies dames (notamment la fichtrement ravissante Aïssa Maïga qui devrait mieux choisir ses rôles), de belles images (en vrac : corridas, tortures, balles en pleine tête, photos anthropométriques de cadavres explosés disséminées ici et là — pour détendre l’atmosphère au boulot, la police n’a manifestement rien trouvé de mieux—, corps découpés à la morgue, etc.) que l’on aimerait éviter de voir trop souvent et un casting invraisemblable pour une histoire qui ne l’est pas moins.
Les décors sonnent faux (une ville inconnue, puzzle de diverses cités belges, et de préférence les jours de grève des éboueurs), les damoiselles ont de bien drôles de nom : Calhoune (cette pauvrette d’Asia – que diable suis-je venue faire dans cette galère ? – Argento a perpétuellement l’air de lire un prompteur), Léon (Anne Coessens, qui fait ce qu’elle peut) ou Z'yeux d'or (Catherine — Madame Olivier M. dans le civil — Marchal dans le rôle d’une journaliste trop bien informée parce qu’elle baise utile, fin de citation), les malfaisants (emmenés par un Aurélien Recoing qui s’amuse comme un petit fou à gâcher son talent) conduisent une voiture dont la plaque annonce FIEL-48 (c’est là qu’il faut s’esbaudir) et les dialogues subtils et raffinés tuent plus sûrement que les balles.
Déjà passablement étourdi par un générique épileptique (on ne dira jamais assez le mal que Seven de David Fincher — 1996 quand même, il serait grand temps d’évoluer ! — a pu faire au cinéma français de genre sans imagination), le spectateur, plongé dans une triste histoire de flics ripoux pas si pourris que ça finalement mais faisant croire aux crevures d’en face qu’ils sont encore plus corrompus que c’est pas dieu possible, finit par baisser les bras n’y comprenant que pouic et contemple, fasciné, la monstrueuse carcasse de Depardieu (encore quelques menus efforts pour te briser la santé cher Gérard et tu pourras postuler pour un remake de L’outremangeur sans qu’il soit nécessaire à la production de prévoir un budget "Prothèse" !).

Bande-annonce
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Photos © MK2 Diffusion
[Diamant 13 de Gille Béat_2009_avec Gérard Depardieu, Olivier Marchal, Asia Argento, Anne Coesens, Aïssa Maïga, Catherine Marchal, Aurélien Recoing]