Gone nutty de Carlos Saldanha_2002_voix : Chris Wedge
© Blue Sky Sudios (20th Century Fox Animation)






Pour son énième retour au cinéma (ou presque puisque La journée de la jupe était initialement destiné au petit écran), Isabelle Adjani frappe très fort. Après avoir éclipsé par son extravagante tenue son metteur en scène et attisé l’imagination du public et les quolibets de la presse lors de la Cérémonie des Globes de cristal en février dernier (lire à ce propos le très joli texte de CinéManiaC ), elle prouve ici si besoin était, qu’à défaut d’avoir su vieillir gracieusement, son talent d’actrice est intact. Nonobstant, il nous est parfois difficile de supporter la vision de son visage bouffi par les toxines.
Dans le rôle d'un professeur de collège dans une ces banlieues dites sensibles, camée aux antidépresseurs, tentant quoiqu’il lui en coûte d’inculquer un peu de la beauté de la langue de Molière à des élèves récalcitrants, où elle se montre enfin sans fard ni artifice, son évidente implication* et son jeu singulier empreint de théâtralité font tout l’intérêt de La journée de la jupe, qui possède malheureusement les défauts de ses bonnes intentions.
Contrepoint idéal (par son traitement abrupt et mal élevé) au film de Laurent Cantet, Entre les murs, dont il pourrait passer pour le remake nihiliste et claustrophobe, La journée de la jupe (huis clos étouffant d’où sourd une sombre angoisse) a le mérite de poser une foultitude d’excellentes questions — sur l’éducation, l’intégration et les clivages communautaires entre autres — sans prétendre donner de leçons en retour. Toutefois, outre que le téléfilm de Jean Paul Liliefeld souffre d’un manque cruel de moyens, le réalisateur dilue inopportunément son propos (une cartographie de la peur dans nos sociétés actuelles, excellent sujet pour un Dossiers de l’écran particulièrement explosif) dans des intrigues secondaires sans grand intérêt.
La tragédie qui advient du côté des portes cadenassées de cette salle de classe transfigurée en petit théâtre des humiliations quotidiennes est si captivante, troublante, voire surréaliste, que l’agitation venant de l’extérieur paraît comme plaquée. Les violents échanges entre Isabelle Adjani (exaltée et abîmée, occasionnellement triviale) et sa classe de jeunes égarés intolérants, sans autre avenir que celui tout tracé par leurs propres contradictions, auraient mérité de ne pas se laisser phagocyter par une accumulation de clichés : les mésaventures conjugales d’un négociateur au bord de la crise de nerfs (Denis Podalydès, bien falot) et la charge conjointe contre les médias**, des services de l’ordre excités de la gâchette (l’ahurissant Yann Colette, égal à lui-même) et une ménagerie politique aussi méprisante que paternaliste.
* La mythologie adjanienne est parfaitement exploitée, de ses débuts à la Comédie Française à ses origines kabyles, en cheminant par les dangers de haute solitude d’une starisation poussée à l’extrême
Les médias nous le répètent à tour d’éditos, la banque est devenue le nouveau Satan à combattre… Alors, s’inspirant insidieusement de l’obscène faillite qui a abattu la BCCI* en 1991, Tom Tykwer et son scénariste Eric Singer lancent Louis Salinger, un agent d’Interpol, aux trousses d’une multinationale aux activités fort peu catholiques : blanchiment d’argent, terrorisme, corruption, assassinat, sponsoring de putschs en tous genres…
Et c’est là que le bât blesse…
Reconnaissons-le honnêtement, le seul intérêt de ce film est son acteur, Clive Owen, dont on apprécie une fois encore le regard perdu et mélancolique de l’intégrité faite homme. Et dès que l’histoire débute, Clive a sa tête des mauvais jours… Il n’y a guère trop de raisons à cela : 1/ c’est bientôt la fin du monde (comme dans Children of men/Les fils de l’homme d’Alfonso Cuarón_2006), 2/ sa femme le trompe avec Jude Law – idée saugrenue s'il en est ! – (comme Julia Roberts dans Closer de Mike Nichols_2005), 3/ il vient de se rendre compte que le scénario est cousu de fil blanc ou 4/ qu’il ne couchera pas avec Naomi Watts (la pauvrette en est réduite à jouer les utilités), ce qui peut définitivement déprimer un homme n’en doutons pas…
Ajoutons à cela des scènes de poursuites effarantes où le bouillant Salinger — ex-Scotland Yard, fils caché de Sherlock Holmes (car médecin légiste à ses heures perdues) et héritier spirituel de Colombo (pour l’imper craspec) — se balade placidement pistolet en main dans les rues milanaises ou turques sans que cela émeuve les figurants qui le cernent… Et n'oublions pas les dialogues d’un ridicule achevé (pour ceux qui souhaitent creuser plus avant et rire un peu, rendez-vous sur la route du cinéma ) et une interprétation ad hoc.
Outre la Naomi qui essaie vainement de participer, le spectateur a la joie de voir débarquer Armin Mueller-Stahl, son partenaire dans Eastern Promises/Les promesses de l’ombre de David Cronenberg_2007 (inutile que les femmes rêvassent, il n’y avait pas de scène de hammam prévue au contrat de Clive Owen...), qui se plait depuis Music Box de Costa Gavras_1990 à jouer les affreux de service dès que l’occasion lui en est offerte (ici, en ex-crapule de la Stasi, l’acteur paraît bien las et assure le minimum syndical… Gloussements assurés devant la scène de "retournement" où ce grand naïf de Salinger en appelle à son idéal communiste).
Le grand manitou est interprété par Ulrich Thomsen (bien plus incisif en fils abusé dans Festen de Thomas Vinterberg_1998), tellement transparent en tête froide et condescendante de l’hydre financière qui nous contrôle, nous ment et nous spolie qu’il nous faut nous forcer pour y croire un peu… et éviter de s’esclaffer lorsque survient le dénouement, d’une féroce stupidité.
Le comble du copier-coller intervient lors d’un "morceau de bravoure"**** d’une gratuité exemplaire, soit la destruction du musée Guggenheim, éparpillé façon puzzle, par une bande de sagouins armés jusqu’aux dents et Salinger (jamais en reste quand il s’agit de faire le coup de feu) qui rappelle la cacophonie d’un Shoot'Em Up***** de sinistre mémoire et rompt totalement avec une mise en scène certes un peu prévisible mais nettement plus sinueuse et discrète.

Malédiction ![...] Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que la vie d'artiste
N'est pas rose, n'est pas sans tache
Comme un navire qui tangue
Qui rend ses attaches
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
En dehors de ça
[...] Je tuerai la pianiste
Qui n'a pas su m'aimer
Dans la chambre je pleure
Où l'amour se cache
Je tuerai la pianiste
Afin que l'on sache
Que quelque chose existe
[...] Je tuerai la pianiste
Pour ce qu'elle a fait de moi
Chaque jour que Dieu fait
Chaque semaine, chaque mois
Et quand ce sera fait
Que le jour se lèvera
Par l'entrée des artistes
Quand on saura que c'est moi
Alors je m'en irais [...]
Sur l'album Bleu Pétrole_2008_Gérard Manset, Gaëtan Roussel et Alain Bashung
Photos © Richard Schroeder, Ludovic Carême, Pierre Wetzel
1985… Alors que la Grande Bretagne ploie sous le joug thatchérien, le monde est stone dans l’univers parallèle sorti de l’imagination de ce sacré misanthrope d’Alan Moore – grand démolisseur de super héros devant l’éternel - et de son complice Dave Gibbons. Le temps a suspendu son vol à minuit moins cinq sur l’horloge de l’apocalypse et tous espèrent que les leaders des deux super puissances cessent de jouer à je te tiens tu me tiens par la centrale nucléaire. Car dans cet univers alternatif, la guerre froide est d’actualité, les gros états désunis ont gagné au Vietnam et voilà que Tricky Dick Nixon (interprété par Robert Wisden grimé comme le casting de Dick Tracy de Warren Beatty_1990, et affublé du nez de notre Depardieu national) en est à son cinquième mandat — après avoir balayé d’un ricanement ces deux hurluberlus de Bernstein et Woodward — inévitablement flanqué de Kissinger et d’une soldatesque de la table ronde directement inspirée des joyeux drilles qui folâtraient dans le Dr Folamour/Dr Strangelove de Stanley Kubrick_1964.
Comment ce cauchemar a-t-il débuté ? Par un stupide incident au cours duquel un scientifique (Billy Crudup, jumeau de Jim Caviezel, en moins christique) totalement désintégré s’est réincarné tel le phœnix en une mystérieuse créature translucide, dotée de pouvoirs extraordinaires : régénération, don de seconde vue, roi de la téléportation (le capitaine Kirk et son pote Spock peuvent garder leurs pyjamas), sorte de grand Schtroumpf exhibitionniste plus connu sous le pseudonyme de Dr Manhattan et dont le gouvernement va faire son arme d’intimidation massive favorite*…
A ce vrai super héros hyper sensible (car sous toute cette électricité bat un petit cœur romantique et naissent de hautes pensées d’idéal et de fraternité), qui finira d’un pet par s’exiler sur Mars pour y créer des petits joujoux en 3D, va s’adjoindre une bande de loufdingues névrosés aux âmes de justicier, adeptes du déguisement louche et du second degré douteux. Inutile de préciser qu’ils sont tous assis à l’extrême droite d’Attila** et que leurs convictions feraient passer Dirty Harry pour un aimable gauchiste.
Ainsi Le comédien (Jeffrey Dean Morgan, clone du Javier Bardem version mocheté de Perdita Durango de Álex de la Iglesia_1997), rigolard tout en dents, est-il avant tout invétéré fumeur, alcoolique, séducteur du genre bondage, assassin à l’occasion, toujours prompt à en découdre sauvagement avec les pacifistes et a une manière toute personnelle d’échapper aux recherches en paternité… En bref, ce dégénéré est fondamentalement super infréquentable. Alors que l’affreux se fait dégommer dès le début du film, les miaulements suaves de Nat King Cole susurrant son Unforgettable en guise d’oraison funèbre, on se dit qu’il ne va pas être super regretté… Et pourtant, c’est ce meurtre qui va pousser ses anciens compagnons à sortir de la retraite où les a confinés une loi inique votée par un gouvernement ingrat.
Rorschach (excellent Jackie Earle Haley, remarqué en pédophile dans Little children de Todd Field_2007), un résidu de fausse couche, laid comme un pou et total sociopathe se camouflant sous un masque arborant le fameux test (gare à quiconque essaie de le regarder dans les taches, c’est le haut-le-cœur assuré), aurait pu comme tous les garçons méprisés par leur mère, devenir serial killer ; il a préféré faire vigilante par haine de la barbarie. Son sens de la justice expéditive ferait passer Charles Bronson pour un petit chanteur à la croix de bois. Doté d’un sens de la répartie qui tue et d’un sang-froid à toute épreuve, il se révèle surtout à l’usage super suicidaire.
Tout à sa super théorie du complot, il s’en va réveiller Hibou junior (le très mollasson Patrick Wilson***), être veule et gris, étouffé par la flamboyance de son paternel ( Stephen McHattie) et plus préoccupé par sa libido que par l’idée de reprendre le flambeau. Le fiston étant une super pucelle, quel n’est pas son bonheur lorsqu’il est contacté au même moment par Le Spectre Soyeux seconde génération (Malin Akerman****, guère à son aise), fille de
la super hot Sally (Carla Gugino, divine, mais que l’on voit trop peu) et accessoirement amante du Dr Manhattan.
Le club des gais lurons (nous tairons ici ce que cet homophobe d’Hancock de Peter Berg_2008 pense des garçons en collant) ne serait pas complet sans Ozymandias, (Matthew Goode*****), Adrian Veidt dans le civil, blondinet aux yeux bleus ressemblant à s’y méprendre à Siegfried sans son Roy, fasciné par la grandeur pharaonique de Ramsès, un joli garçon tout simple en somme, homme d’affaires sournois et super mercantile … Accompagné d’un bestiau qu’il nomme sa beauté, l’Adrian, secoué de pulsions destructrices, se la joue de préférence super zoophile pour qui la fin justifie les moyens...
Et tout ce beau monde de nous être présenté en détail : leurs blessures d’enfance, leurs (basses) œuvres, leurs problèmes psychologiques, leurs espoirs, leurs dépendances, leurs hantises, leurs (à) côtés humains, trop humains lorsque leurs masques tombent… Sans compter que flotte sur cette aventure un parfum de nihilisme exacerbé par les ruines de Ground Zero******.
Si l’on en croit les connaisseurs et amoureux du roman graphique de Moore et Gibbons comme Rob Gordon, Zack Snyder a rempli son contrat. Succédant aux essais avortés de Terry Gilliam, Darren Aronofsky ou Paul Greengrass, la fidélité du script et le respect avec lequel il a abordé le comic ont été unanimement loués. On peut cependant rêver à ce qu’auraient apporté l’imagination délirante de l’ex-Monty Python ou le sens du rythme du réalisateur des aventures de Jason Bourne, mais force est de reconnaître que l’on ne s’ennuie pas une seconde lors des trois heures que dure le film.
Bien sûr, Zack Snyder (qui ne peut s’empêcher de s’autociter en un rapide clin d’œil à 300, inénarrable reconstitution de la bataille des Thermopyles orchestrée par des spartiates postillonneurs aux muscles hypertrophiés) ne peut résister à ses péchés mignons : ralentis intempestifs, effets spéciaux envahissants, mauvais goût assumé, scènes de sexe d’un ridicule achevé (ah ! cette obsession des pectoraux sculptés et fessiers rebondis...). Mais un humour noir de très bon aloi baigne toute cette tragédie à ne pas trop prendre au sérieux, sous peine de dépression immédiate.
Réalisé dans de superbes décors signés Alex McDowell (The Crow de Alex Proyas_1994, Crying Freeman de Christophe Gans_1996, Fight Club de David Fincher_1999 ou encore Minority report de Steven Spielberg_2002), le film bénéficie d'un somptueux générique, bourré jusqu’à la gueule de références de toute beauté, bercé par The Times They Are A-Changin' de Bob Dylan où le réalisateur******* condense vingt années de super héroïsme parfaitement illégitime et déglingue allègrement les mythes entre crimes crapuleux, corruption généralisée, suicides et peoplisation effrénée.
* Ainsi, le géant bleu ira-t-il humer l’odeur du napalm au petit-déjeuner (Hélicos d’Apocalypse now et les Walkyries de Wagner de rigueur) et verra-t-il les Việt Cộngs se prosterner devant sa mâle assurance… en l’occurrence un slip Eminence poutres apparentes porté pour l’occasion. Il faut effectivement préciser que si ce bon docteur se balade la plupart du temps dans le plus simple appareil, il a une certaine tendance à se ridiculiser dès qu’il sort dans le monde, augmentant l’obscénité de sa condition inhumaine en portant caleçon ou costume trois-pièces…
**** Découverte en femme très imparfaite de Ben Stiller dans le film des Farrelly, La femme de ses rêves/The Heartbreak Kid_2007 et totalement méconnaissable ici sous sa moumoute
Excellente nouvelle pour tous les Clintophiles, son dernier opus — véritable film-somme — est à hurler de rire. Le papy indigne (78 ans au compteur quand même) s’est offert le rôle gratiné de Walt Kowalski, vétéran aigri de la guerre de Corée, veuf misanthrope au langage ordurier, qui lui permet de parodier intelligemment les "héros" qui ont fait sa gloire ou son infamie, allant de l’implacable tueur désespéré d’Impitoyable/Unforgiven_1992 (qui reprenait goût au bonheur grâce à l’amour d’une prostituée défigurée) à L’inspecteur Harry (le get off my lawn de Kowalski vaut bien le make my day* du Dirty Harry immortalisé par Don Siegel en 1971) en passant par cette baderne de Maître de guerre/Heartbreak Ridge_1986 (Kowalski remplace néanmoins les pompes guerrières et exercices martiaux par des travaux d’intérêt général en envoyant son petit soldat retaper les maisons du quartier), tout en évitant soigneusement le pathos qui engluait les dernières scènes de son Million Dollar Baby_2005.
Nonobstant, Gran Torino, tout en rendant un bel hommage à tous les émigrants qui ont bâti et contribué à la grandeur des Etats-Unis, est également un gros glaviot balancé en pleine poire de l’Amérique blanche triomphante, raciste, va-t-en guerre et ultra-conservatrice, qui a déjà bien failli avaler son extrait de naissance en voyant Barack Obama entrer à la Maison Blanche…
Ici, son vieux gâteux sombrant dans l’alcoolisme, confit dans la haine, le remords et les regrets, n’a plus d’autre interlocutrice qu’une vieille chienne, sourde comme un pot, ce qui explique que la pauvre bête ne lui ait pas encore sauté à la gorge à l’écoute de son énième radotage sur les étrangers qui ont envahi sa banlieue chérie (Gran Torino offre également un point de vue unique sur une communauté mal connue fréquentée par le scénariste, Nick Schenk, les Hmongs***) ou la médiocrité de ses enfants, traitres à la patrie et à la mémoire de leur père puisqu’ils n’hésitent pas à s’exhiber dans des voitures japonaises à Detroit, capital américaine de l’automobile, berceau des usines Ford d’où est sortie la Gran Torino qui fait sa fierté de mécano.
L’ancien en rajoute dans le bougonnement rauque, le crachat, l’insulte, l’aparté, bref il est bon pour le cabanon… et c’est bien ce que songe le cancer qui le ronge. Ses échanges fleuris avec ses camarades de chambrée (coiffeur italien ou chef de chantier irlandais), outre qu’ils rappellent une époque pas si lointaine où les émigrés européens, après avoir massacré les gens du cru, se battirent comme des chiffonniers pour le partage du territoire, ne sont pas moins absurdes que les rites d’initiation des gangs (Il est d'ailleurs relativement jouissif pour le vieux grigou d’apprendre que sa guimbarde fait l’objet de toutes les convoitises****) et font passer Harry Callahan pour un enfant de chœur*****.
Suite à un accès de forte méchante humeur où il fait fuir une troupe de malfaisants, sauvant bien involontairement la mise au jeune garçon de la maison voisine, il voit sa triste existence bientôt envahie par un espoir de bonheur, de partage, de rédemption et de respect mutuel grâce aux émigrés Hmong qui l’encerclent désormais. L’ancêtre étant toujours fort sensible aux charmes de la gente féminine******, il n’est pas chose malaisée à la sœur aînée, Sue (parfaitement intégrée, possédant en sus d’un fort joli minois un solide sens de l’humour et de la répartie cinglante) de faire sa conquête, ni aux membres de la communauté de le corrompre grâce à une nourriture aux parfums plus subtils que le bœuf séché dont il a fait son ordinaire depuis la mort de son épouse.
Evoquant tour à tour le Charles Bronson******* d’Un justicier dans la ville/Death Wish de Michael Winner_1974 (notamment lorsque voulant sauver Sue cernée par trois membres d’un gang afro-américain qui ont pris à parti son compagnon, jeune blanc-bec stupide ayant adopté leurs tics de langage, il leur mime un flingue de la main avant de brandir une arme véritable) ou le John Wayne des Cow-boys/The cowboys de Mark Rydell_1972, film dans lequel le grand héros américain apprenait à une bande de jeunes morveux à devenir des hommes, des vrais, le réalisateur enfonce à nouveau le clou qui blesse, confirme et signe.
Devenu un vestige dans une Amérique de flingueurs arrogants à bout de souffle, Eastwood le dinosaure tourne le dos à ses démons, s’efface élégamment en protégeant l’avenir de la nouvelle génération (contrairement aux lardons du film de Mark Rydell qui atteignaient le rang d’homme par un crime de sang) et raccroche les gants. Définitivement ? Well, what do ya think, punk ?
*** Pour avoir, de gré ou de force, combattu aux côtés des envahisseurs français et américains lors des guerres d’Indochine et du Vietnam, les Hmongs, montagnards originaires du Laos, sont aussi honnis et méprisés que les Harkis et comme eux, ont souffert de l’ingratitude des démocraties auxquelles ils se sont alliés. Ceux qui souhaitent parfaire leurs connaissances sont invités à lire l’excellent — mais éprouvant — témoignage de Cyril Payen Laos, la guerre oubliée (Editions Robert Laffont_2007)Man With No Name : You see, in this world there's two kinds of people, my friend: Those with loaded guns and those who dig. You dig.Comme l’homme sans nom, Walt Kowalski estime que le monde se divise en deux : les émigrés européens, qui possèdent éventuellement une Ford Gran Torino, et la nouvelle génération de réfugiés — latinos, asiatiques — qui essaient de la lui piquer.
Gonzales : There is one question, Inspector Callahan: Why do they call you "Dirty Harry"?
De Georgio : Ah that's one thing about our Harry, doesn't play any favorites! Harry hates everybody: Limeys, Micks, Hebes, Fat Dagos, Niggers, Honkies, Chinks, you name it.
Gonzales : How does he feel about Mexicans?
De Georgio : Ask him.
Harry Callahan : Especially Spics.
La longue litanie raciste de Walt Kowalski finit par faire rire devant tant d'obstination crétine et fait songer au fameux sketch de l’irascible comique Lenny Bruce, que l’on peut entendre dans le biopic que Bob Fosse lui a consacré en 1974 où il est interprété par Dustin Hoffman, d'après un scénario de Julian Barry.Are there any niggers here tonight? Could you turn on the house lights, please, and could the waiters and waitresses just stop serving, just for a second? And turn off this spot. Now what did he say? "Are there any niggers here tonight?" I know there's one nigger, because I see him back there working. Let's see, there's two niggers. And between those two niggers sits a kike. And there's another kike— that's two kikes and three niggers. And there's a spic. Right? Hmm? There's another spic. Ooh, there's a wop; there's a polack; and, oh, a couple of greaseballs. And there's three lace-curtain Irish micks. And there's one, hip, thick, hunky, funky, boogie. Boogie boogie. Mm-hmm. I got three kikes here, do I hear five kikes? I got five kikes, do I hear six spics, I got six spics, do I hear seven niggers? I got seven niggers. Sold American. I pass with seven niggers, six spics, five micks, four kikes, three guineas, and one wop. Well, I was just trying to make a point, and that is that it's the suppression of the word that gives it the power, the violence, the viciousness. Dig: if President Kennedy would just go on television, and say, "I would like to introduce you to all the niggers in my cabinet," and if he'd just say "nigger nigger nigger nigger nigger" to every nigger he saw, "boogie boogie boogie boogie boogie," "nigger nigger nigger nigger nigger" 'til nigger didn't mean anything anymore, then you could never make some six-year-old black kid cry because somebody called him a nigger at school.****** Clint Eastwood, tout émoustillé par le charme ravageur de sa jeune actrice, l’exquise Ahney Her, nous offre en prime son sourire de grand gala en rappel savoureux du vieux séducteur impénitent incarné par Donald Sutherland, un des héros cacochymes de son Space cowboys_2000
Le cinéma de Claude Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsque le réalisateur décide d’être cruel avec ses personnages.



Depardieu (bien loin de son interprétation en roue libre dans Diamant 13 de Gilles Béhat. Manifestement, le Gégé est content d’être là, c’est déjà ça !) et réussit à nous faire aimer son personnage, gros matou priapique, jaloux et égoïste. Ce n’est pas le moindre de ses talents… Par contre, on a parfois la sensation que le film a été tourné durant la digestion de l’équipe tant le rythme est mou, sans atteindre toutefois le mystère et la perversité qui transparaissent dans le jeu de Bruno Cremer, monumental commissaire Maigret télévisuel auquel le film rend indirectement hommage (le film est dédié à deux Georges, Brassens et Simenon).
Le soulèvement des Lycans est le troisième chapitre de la saga Underworld mais précèdent, dans l’histoire, les deux opus signés Len Wiseman…
épisode (2003), la trahison de son clan par la perfide qui se permettait au cours du film de tomber raide dingue d’un blondinet fadasse (Scott Speedman, aussi tartignolle qu’à l’ordinaire*) donna lieu à un second long-métrage, Underworld 2 Evolution_2006 toujours réalisé par Wiseman (époux de la jolie dame) où vampires et lycanthropes se lançaient comme un seul homme à la
poursuite du couple maudit accusé de vouloir abâtardir leurs races.
Pour ceux qui avaient raté le début ou n’avaient pas tout compris, une escouade de producteurs (pas moins de dix, dont Kevin Grevioux, également scénariste et acteur**) ont estimé nécessaire d’étirer en une heure et demie une malheureuse chronique tenant sur un médaillon et ont offert la réalisation au responsable des effets spéciaux et créateur des fameux Lycans, Patrick Tatopoulos qui, s’il n’est pas manchot question décoration (Se détachent notamment sur son CV Dark City d’Alex Proyas _1998, Pitch Black de David Twohy_2000 ou Silent Hill de Christophe Gans_2006) a encore des progrès à faire en matière de direction d’acteurs…
Place donc au conflit originel où s’affrontèrent canines aiguisées et chiens enragés. Qui pourra peut-être intéresser tous ceux qui ne connaissent pas la saga… Car les autres en seront quelque peu pour leurs frais question suspense et nouveauté puisqu’ils savent déjà pertinemment que ce malfaisant de Viktor, écœuré par leur union contre-nature, n’a pas hésité à condamner sa propre fille à être brulée vive par la lumière du jour sous les yeux de son amoureux velu…
Le grand gagnant reste encore et toujours cette vieille goule de Viktor. L’interprétation de Bill Nighty****, mal absolu en pleine décrépitude, est bien la seule chose intéressante à sauver de ce salmigondis.
Le magazine Vanity Fair propose dans son numéro de mars, outre un portrait de Barack Obama, nouvelle star incontestée des médias, un superbe portfolio signé Annie Leibovitz, consacré à une dizaine de "couples" d’acteurs/réalisateurs présents cette année à la cérémonie des Oscars, dont un Clint Eastwood solitaire qui semble clôturer sa carrière schizophrénique avec un grand film. The old hand (légende du portrait) n'a manifestement pas fini de nous surprendre…
Darren Aronofsky et Mickey Rourke, New York

Un film qui s’achève par un générique bercé par la voix de Bruce Springsteen* ne peut décidément pas être mauvais.
Le réalisateur s’attache ici à décrire la survie d’un vétéran qui fut célèbre lors des fameuses années don’t worry be happy (Bobby McFerrin_1988) et qui, par manque de talent, d’opportunité ou d’intelligence, ne sut se reconvertir et continue désormais, avec ses compagnons d’infortune, à se produire pour le bonheur de ses fans sur des rings ressemblant plus à un abattoir qu’à une salle de sport. Certaines scènes de combat, d’une violence inouïe, en disent fort long sur le dolorisme latent de ces modernes gladiateurs qui n’hésitent pas à s’automutiler pour assurer un spectacle digne de ce nom (ainsi, après une joute à l’agrafeuse, le dos de notre héros portera-t-il les mêmes stigmates que le Pale rider d’un certain Clint Eastwood, autre grand masochiste devant l’éternel).
Et parlons-en de ce corps. Celui de Randy The Ram* Robinson dont le nom ressemble à un pseudo. Ça tombe bien, c’en est un : sa véritable identité est Robin (comme le petit copain de Batman) Razinski et n’a pas l’heur de plaire à son propriétaire. La consonance ne verse certes pas du côté "mâle yankee"… D’ailleurs, dans ce milieu shooté à la testostérone, les catcheurs ressemblent au mieux à Attila (ou, ici, à un Ayatollah combattant sous les couleurs iraniennes… The Ram ne se privera pas de briser l’étendard sous les acclamations chauvines des rednecks pur teint qui composent le public), au pire à Axl Rose. Hommage ? Mickey Rourke lui emprunte sa chevelure peroxydée, ses fringues d’un goût douteux et son arrogance toute rock’n roll. Mais conserve son regard fracassé.
Aussi botoxé qu’une Pamela Anderson, la peau cramée par les UV, le visage détruit par les innombrables chirurgies très inesthétiques subies lors de ces dix dernières années, le corps meurtri par les excès, abîmé par de vilains tatouages (dont un christ implorant qui lui mange le dos) et alourdi par la mauvaise graisse et des muscles hypertrophiés, le Mickey est proprement sidérant. S’offrant sans aucune pudeur à la caméra scrutatrice de Darren Aronofsky, il trouve en The wrestler non pas le rôle de sa vie, mais un personnage, qu’en adepte de la méthode Stanislavski poussée à son paroxysme, il s’emploie à créer depuis près de vingt ans.

Darren Aronofsky a l’intelligence dès que débute le film, en un involontaire (?) hommage à la jeune Rosetta des frères Dardenne (1999), de suivre et de faire corps — avec toute la tendresse nécessaire — avec son fameux bélier en perpétuel mouvement et de ne plus le quitter jusqu’à sa fin, en une parodie de crucifixion sur les cordes… d’où il s’envole.« I just want to say to you all tonight I'm very grateful to be here. A lot of people told me that I'd never wrestle again and that's all I do. You know, if you live hard and play hard and you burn the candle at both ends, you pay the price for it. You know in this life you can loose everything you love, everything that loves you. Now I don't hear as good as I used to and I forget stuff and I aint as pretty as I used to be but god damn it I'm still standing here and I'm The Ram. As times goes by, as times goes by, they say "he's washed up", "he's finished" , "he's a loser", "he's all through". You know what? The only one that's going to tell me when I'm through doing my thing is you people here. »Chapeau bas l’artiste !
Randy The Ram Robinson

* Le morceau The wrestler, spécialement composé pour le film, figure sur l’album Working on a dream. Bruce Springsteen est également l’auteur, entre autres, des chansons des génériques de Philadelphia de Jonathan Demme_1993, The Crossing guard de Sean Penn_1995 et Dead man walking de Tim Robbins_1995.
1977, un certain John Travolta chaloupe grave du bassin et gigote vers la gloire dans La fièvre du samedi soir (Saturday night fever_John Badham), enflammant les dance floors sous le charmant sobriquet de Tony Manero.
Le candidat aux quinze minutes de célébrité tant célébrées par Warhol* est incarné sans fausse pudeur et froide impassibilité par Alfredo Castro, un fascinant comédien chilien (et co-scénariste) ressemblant parfois jusqu’au vertige à un autre Tony, Montana celui-ci, immortalisé par Al Pacino…
C’est plus le souvenir ému d’un Kevin Spacey se paluchant frénétiquement sous sa douche matinale dans l’ambiance délétère de l’american way of life d’American Beauty_2000 qui pousse à aller voir de plus près le dernier opus de Sam Mendes consacré à la biopsie d’un couple dans les années triomphantes de l’après-guerre, qu'une folle envie de retrouver "le" couple d’amants de Titanic_1998* et de découvrir ce qui serait advenu de leurs rêves et de leurs amours si Jack n’avait décidé de couler à pic laissant Rose idéaliser leur vie commune.
Malheureusement, nous sommes ici plongés dans un grand drame psychologique, sans l’ombre d’un crime ou presque.
Et comme si l’on n’avait pas déjà compris qu’il n’y aurait aucune issue positive au conflit cauchemardesque opposant une mythomane castratrice à un pitoyable gamin d’une veulerie à pleurer, Sam Mendes nous afflige encore en nous imposant la présence d’un chœur antique (incarné par Michael Shannon dont le talent mérite mieux que ce rôle navrant d’excité du bocal) venu en renfort nous traduire le sens caché des scènes de ménage interminables et répétitives que nous venons de subir. Le traitement des disputes affichant une fausse théâtralité, la Kate tournant virago et le Leonardo éructant à force moulinets de bras nous laissent à songer que nous assistons aux répétitions d’un juvénile remake de Qui a peur de Virginia Woolf ?**.
Sam Mendes, qui n’a jamais passé pour un maître de l’ellipse, n’hésite pas au contraire, très complaisamment, à enfoncer le clou sur les malheurs conjugaux des couples en désamour (la séduction d’un voisin — époux d’une "pondeuse" — s’achève sur un rapide et triste petit coït, un retour de flammes entre les époux condamne l’épouse à la maternité) jusqu’à une fin moralisatrice difficilement acceptable.
La vie est ainsi faite : les gens naissent, vieillissent — à leur grand dam et au bonheur des cosmétiques — puis meurent pour laisser la place à d’autres qui naissent, déclinent, se shootent au botox, mais trépassent quand même, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Tout le monde n’a pas la chance d’être vampire, voire Highlander…
L’aventure prenant corps dans les décors surannés d’un hospice sis à la Nouvelle-Orléans, la mort est omniprésente et acceptée de tous, avec piété ou résignation, comme le terme inéluctable de toute vie… Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’était le fabuleux destin de Benjamin Button. Affichant 80 ans au compteur le jour de sa naissance, il ne cessera de rajeunir, vivant totalement à l’envers du commun des mortels, mais parmi eux, sans ostracisme**, ni réel souci, si ce n’est celui d’arriver à être parfaitement synchrone (corps et esprit) avec Daisy, l’amour de sa vie (moment que le réalisateur gâchera en filmant allègrement leur courte vie conjugale façon publicité GMF).
Après l'extrême noirceur de Zodiac_2007 qui autopsiait les obsessions de ses héros confrontés à un serial killer insaisissable, il semble que David Fincher ait eu envie de souffler et de s’offrir une belle histoire d’amour (dommage qu’un sentimentalisme écœurant plombe parfois la romance), très chaste, un mélodrame familial en quelque sorte, sans aspérité et très sucré (tout le monde il est beau etc.), saupoudré d’un peu d’humour (les mésaventures d’un homme poursuivi par la foudre, réalisées en super 8 à la manière des Keystone cops, parcourent épisodiquement le film réveillant le spectateur assoupi). Ajoutons à cela des considérations pseudo-philosophiques, des clichés infernaux*** et surtout le moment le plus abscons et ridicule du film où le metteur en scène nous expose dans le détail un épisode de la théorie du chaos du plus bel effet papillon… Alors que le postulat du départ aurait suffi au bonheur des spectateurs s’il avait été un peu plus incarné et traité en toute honnêteté.
Le passage le plus poignant du film n’est-il pas en définitive lorsque Daisy retrouve le père de sa fille sous l’apparence d’un enfant d’une dizaine d’années (Brad a déclaré forfait) et devient sa (grand) mère aimante et protectrice ? C’est dans les dernières scènes où Benjamin Button retombe en enfance, s’avance à l’état de joli nourrisson et s’éteint dans les bras de sa bien-aimée qui le berce, que le trouble et l’émotion interviennent enfin. Et le talent de Cate Blanchett y est indéniable.
Une autre actrice apporte un supplément d’âme au film, Tilda Swinton. Son interprétation de grande bourgeoise, épouse frustrée, tentant de résister à l’étrange attirance qu’elle éprouve pour un marin bien plus vieux qu’elle (Brad Pitt, version Robert Redford à l’aube de la soixantaine) est toute en élégance et subtilité.
Qu’il fait donc froid dans cette misérable petite banlieue enneigée de Stockholm et que l’on s’y sent bien seul lorsque comme Oskar (excellent Kare Hedebrant), 12 ans, enfant timide de parents divorcés, on est le souffre-douleur désigné des graines de délinquant qui hantent les collèges et que l’on a la malchance de posséder un physique pour le moins équivoque. Oskar ressemble curieusement à une gamine trop vite poussée en graine avec son joli visage pâle efféminé, ses cheveux trop blonds et son corps dégingandé. Mais sous ses dehors gauches, Oskar n’a rien d’une innocente oiselle et ses mauvaises habitudes (collectionner soigneusement des coupures de journaux relatant des crimes affreux ou attaquer les arbres au couteau en une brutale imitation de ce psychopathe de Travis Bickle*) annoncent un serial killer en devenir.
Hors donc, il était grand temps qu’Oskar, travaillé comme tous les adolescents de son âge par sa libido, croise le chemin d’Eli, une drôle de paroissienne. Affublé d’un prénom ambigu, la jeune fille (remarquablement interprétée par Lina Leandersson, à la beauté surannée) affiche elle aussi 12 années au compteur — bien qu’elle ne se souvienne plus en quel siècle elle les a fêtées… — ne sort que la nuit, vomit les petites friandises qu’il lui offre, a une bien étrange cicatrice intime et laisse s'exprimer sa part animale lorsque le nigaud s’entaille le doigt sacrifiant à un stupide rituel.
Une mélancolie certaine dirige la vie d’Eli, mais sa survie est essentielle, toute en froide logique (Sa psyché est en cela radicalement différente de celle de Kirsten Dunst, petit vampire revanchard car coincé pour l’éternité dans un corps d’enfant**). Oskar rêve de meurtres et de vengeance, Eli a faim. Oskar est en manque d’affection, Eli a follement besoin de protection. Ces deux-là se reconnaissent enfin,
puis scellent leur destin lorsqu’Oskar propose à Eli de pénétrer sous son toit***, respectant à la lettre le mythe vampirique qui veut que le mal ne puisse s’introduire dans une demeure que s’il y est respectueusement invité.
Il est appréciable que le réalisateur, tout en décrivant un coup de foudre peu conventionnel entre deux adolescents à peine éveillés de l’enfance (et qui ne concluront jamais, à moins qu’Eli ne décide de contaminer Oskar en le mordant), injecte révérencieusement ici et là quelques rappels discrets sur les us et coutumes de la gente vampirique (la vélocité, la pâleur morbide, l'autocombustion à la lumière du jour, les transformations ; mais si Eli peut saigner, notamment lorsqu’Oskar découvrant le plaisir de torturer plus faible que soi ne respecte plus les conventions, ses canines ne poussent pas) qui contribuent au climat d’étrangeté de ce très beau film. A cela s’ajoute une excellente bande sonore regorgeant de bruits insolites, gargouillis et autres sifflements qui subtilement ponctuent des images parfois fort banales et par là, inquiétantes en diable.
* Héros du Taxi driver de Martin Scorsese_1976, interprété par Robert de Niro
Faisons court : le film de Gilles Béat ressemble à son affiche, il est moche et tout pourri. Et le réalisateur a beau avoir laissé tomber le h de son nom, on a bien vite reconnu l’inénarrable metteur en scène de Rue Barbare_1984 (Cultissime plaisir coupable, avec Bernard Giraudeau déguisé en docker filant des coups de boule à Bernard-Pierre Donnadieu), Urgence_1985 (avec la toute frêle Fanny Bastien balançant de méchants coups de latte au même, estampillé gros affreux des années 80 dans les polars à la française) et surtout Dancing machine_1990, superbe nanar où sont venus sombrer corps et biens Alain Delon (en maître de ballet, on en rit encore) et Patrick Dupont.
Les décors sonnent faux (une ville inconnue, puzzle de diverses cités belges, et de préférence les jours de grève des éboueurs), les damoiselles ont de bien drôles de nom : Calhoune (cette pauvrette d’Asia – que diable suis-je venue faire dans cette galère ? – Argento a perpétuellement l’air de lire un prompteur), Léon (Anne Coessens, qui fait ce qu’elle peut) ou Z'yeux d'or (Catherine — Madame Olivier M. dans le civil — Marchal dans le rôle d’une journaliste trop bien informée parce qu’elle baise utile, fin de citation), les malfaisants (emmenés par un Aurélien Recoing qui s’amuse comme un petit fou à gâcher son talent) conduisent une voiture dont la plaque annonce FIEL-48 (c’est là qu’il faut s’esbaudir) et les dialogues subtils et raffinés tuent plus sûrement que les balles.
Déjà passablement étourdi par un générique épileptique (on ne dira jamais assez le mal que Seven de David Fincher — 1996 quand même, il serait grand temps d’évoluer ! — a pu faire au cinéma français de genre sans imagination), le spectateur, plongé dans une triste histoire de flics ripoux pas si pourris que ça finalement mais faisant croire aux crevures d’en face qu’ils sont encore plus corrompus que c’est pas dieu possible, finit par baisser les bras n’y comprenant que pouic et contemple, fasciné, la monstrueuse carcasse de Depardieu (encore quelques menus efforts pour te briser la santé cher Gérard et tu pourras postuler pour un remake de L’outremangeur sans qu’il soit nécessaire à la production de prévoir un budget "Prothèse" !).