12/02/09

Cauchemar conjugal [Les noces rebelles]

C’est plus le souvenir ému d’un Kevin Spacey se paluchant frénétiquement sous sa douche matinale dans l’ambiance délétère de l’american way of life d’American Beauty_2000 qui pousse à aller voir de plus près le dernier opus de Sam Mendes consacré à la biopsie d’un couple dans les années triomphantes de l’après-guerre, qu'une folle envie de retrouver "le" couple d’amants de Titanic_1998* et de découvrir ce qui serait advenu de leurs rêves et de leurs amours si Jack n’avait décidé de couler à pic laissant Rose idéaliser leur vie commune.
On peut aisément comprendre ce qui a attiré Kate Winslet dans cette histoire : l’évidente occasion d’incarner un superbe personnage de femme borderline dans la droite ligne de ses interprétations dans Marrakech Express de Gillies MacKinnon_1999, Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry _2004 ou Little children de Todd Field_2007 et oui, elle y est parfaite en névrosée fantasque.
A la voir, si lisse, si blonde, si frigide, on se dit même qu’elle ne déparerait pas dans un beau rôle de garce de film noir aussi létale que Barbara Stanwyck dans Assurance sur la mort**. Malheureusement, nous sommes ici plongés dans un grand drame psychologique, sans l’ombre d’un crime ou presque.
Quand le film débute, c’en est déjà fini de l’amour entre April/Kate Winslet et Franck/Leonardo di Caprio. A-t-il du reste jamais existé si ce n’est dans les fantasmes de cette Bovary désormais confrontée au conformisme morbide d’une vie toute tracée : un mariage, des enfants (qui ne seront jamais que quantité négligeable, limite boulet, durant les deux heures que dure la projection), une maison pimpante toute équipée dans une banlieue chic (ironiquement baptisée Revolutionary road), puis la mélancolie, la médiocrité et les misérables coucheries.
Il est à noter que dans le rôle du mari lâche et pathétique (la scène de séduction d’une petite cruche de secrétaire est à cet effet exemplaire), étouffé par les chimères d’une épouse qu’il souhaiterait voir rentrer dans le rang, Leonardo di Caprio, même s’il trimballe toujours son air poupin, a pris de l’épaisseur et ne démérite pas face à une Kate Winslet transfigurée en desperate housewife. Aliénée, mauvaise mère, épouse toujours plus insatisfaite, sans grand talent malgré son ambition démesurée, April s’étiole au fur et à mesure que ses névroses l’envahissent et dépérit au même rythme que le spectateur totalement asphyxié par l’odeur de naphtaline qui s’échappe de ce film d’un autre âge. Il aurait été judicieux que le réalisateur insuffle à son œuvre d'un académisme étouffant un minimum d’humour et de distance.
Et comme si l’on n’avait pas déjà compris qu’il n’y aurait aucune issue positive au conflit cauchemardesque opposant une mythomane castratrice à un pitoyable gamin d’une veulerie à pleurer, Sam Mendes nous afflige encore en nous imposant la présence d’un chœur antique (incarné par Michael Shannon dont le talent mérite mieux que ce rôle navrant d’excité du bocal) venu en renfort nous traduire le sens caché des scènes de ménage interminables et répétitives que nous venons de subir. Le traitement des disputes affichant une fausse théâtralité, la Kate tournant virago et le Leonardo éructant à force moulinets de bras nous laissent à songer que nous assistons aux répétitions d’un juvénile remake de Qui a peur de Virginia Woolf ?**.
Peu à peu, l’ennui le gagnant aussi sûrement qu’une épouse frustrée, le spectateur se prend à espérer qu’April se décoiffe un peu, découpe son mari en petits morceaux et s’enfuit avec ses parties intimes vers Paris après avoir étouffé ses enfants, détruit son charmant mobilier à force tronçonneuse et mis le feu au quartier. Rien de tout cela, bien évidemment.
Sam Mendes, qui n’a jamais passé pour un maître de l’ellipse, n’hésite pas au contraire, très complaisamment, à enfoncer le clou sur les malheurs conjugaux des couples en désamour (la séduction d’un voisin — époux d’une "pondeuse" — s’achève sur un rapide et triste petit coït, un retour de flammes entre les époux condamne l’épouse à la maternité) jusqu’à une fin moralisatrice difficilement acceptable.
Espérons pour l’avenir du couple Mendes qu’il est moins dysfonctionnel que ceux qu’il se complait à épingler ici avec tant de cruauté.
* Partant du principe que le chef d’œuvre romanesque de James Cameron demeure Abyss_1989
** Assurance sur la mort/Double indemnity de Billy Wilder_1944**
*** Qui a peur de Virginia Woolf/Who's Afraid of Virginia Woolf? de Mike Nichols_1967

Bande-annonce vostf
Plus d'infos sur ce film
Photos © Paramount Pictures France
[Les Noces rebelles/Revolutionary Road de Sam Mendes_2009_avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio, Michael Shannon, Kathryn Hahn, David Harbour, Kathy Bates, Richard Easton, Zoe Kazan]

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Quand je pense que fut un temps, "j'avasse" la tronche de léo accrochée sur le pan du mur gauche de ma chambre d'ado, quand brad ornait le pan droit. Heureusement que j'ai vieilli, et que j'ai pris assez de recul pour, sans peine ressentir,les savoir pour l'un méchant époux, pour l'autre bébé agonisant. Tiens, au fait, freddie : quelle toile vaut-il mieux que je me fasse ce soir ? Le bébé qui meurt ou le bébé qui vole ?
La banane ma(s)quée

FredMJG a dit…

ToAnonyme : Ben ça dépend ma banane... si tu l'as ou pas ? Si t'as la banane va voir les méchants garçons prendre leur épouse pour des bonniches (mais n'y va pas avec ton julot,il pourrait avoir dans l'idée de prendre des cours), si a contrario t'en as marre de fréquenter des gens méchants et que tu veux que du bonheur de la beauté de la générosité (et dormir un peu parfois pour te reposer) et profiter des champignons magiques qu'ils ont tous fumés là, alors pas d'hésitation, va voir le pote de Bradinou se faire flinguer par la foudre.
Ceci était un message personnel

vierasouto a dit…

Moi aussi j'ai vu Madame Bovary et pas un couple confronté à..... "Assurance sur la mort", le plus beau film noir du monde, le chef d'oeuvre absolu!!!

FredMJG a dit…

ToVierasouto : Ah justement, ça n'y ressemble pas du tout mais c'est simplement que lorsque je m'ennuie un peu devant un film, je rêve aux rôles que pourraient récupérer certains acteurs...
Et la Kate serait parfaite en garce absolue (quoique, pour battre Miss Stanwyck, faudra se lever tôt).
Ou sinon, M'dame Bovary c'était vraiment très triste vu qu'elle avait épousé un vieux barbon mais là, c'est terrible, Kate a épousé Léo qu'est tout mignon et tout poupin et vlan ! il est déjà vieux dans sa tête ! Ça fait froid dans le dos !

Agathe a dit…

Certes ya la Stanwick, mais ne dédaignons pas "la cousine" Bette (notamment dans les films de Wyler : la lettre, l'insoumise, la vipère,...) atrabilaire à souhait !

Sans oublier Rita "mais je le reste" (Gilda, mais surtout la Dame de Shangai), Lana "Conda" (Vipère transfigurée par Tae Garnett), Greta "dauphinois", Vivien "en bessin" et les autres...

Pascale a dit…

Une fin moralisatrice ??? T'es partie avec la fin non ?
En tout cas, je trouve que c'est un film parfait, brillamment interprété où la distance et l'humour n'auraient pas sa place.
C'est une interminable et infernale scène de ménage. Seules les scènes de "l'aliéné" Michael m'ont paru de trop. Kate et Leo avaient compris sans lui ce qui leur arrivait.

P.S. : tu pourrais résilier ton abonnement... dès que j'arrive ici je me retrouve instantanément rediriger vers le site de la Redoute !!! MDR LOL PTDR KIKOO.

FredMJG a dit…

ToAgathe : Voui mon bichon, tu peux me sortir le bottin mondain des vieilles d'Hollywood, tu ne m'enlèveras pas dans l'idée que la Stanwyck elle se pose un peu là ! l'as tu bien vu dans Forty guns ?... (et ce vieux grigou de Sam n'a pas précisé lesquels) ou bien avant le Wilder dans Ball of fire (no comment) d'Hawks où elle rend tout foufou le Cooper ?
Tout ça pour en arriver au fait que Kate, elle pourrait jouer dans un remake à la body heat... et ce sont les messieurs qui lui diraient merci... alors dis merci mon Agathou


ToPascale : Ben, je présume que ça se faisait beaucoup dans les années cinquante qu'une dame s'excuse d'être enceinte et de ruiner ainsi certains projets et que lorsqu'elle mourrait d'une tentative d'avortement (et je crains d'ailleurs que dans certaines contrées, même les plus évoluées, y ait pas QUE dans les années 50) beh ! elle avait que ce qu'elle méritait la gredine ! Brrrrrrr
Et voui, pas de place pour l'humour, même Misery m'a paru bien misérable et pourtant, devant Misery, qu'est-ce que j'avais ri !
Re.PS. Chouette ! c'est toi qui l'a maintenant ? Figure-toi que j'ai tapoté sur plein de trucs pour arriver à me débarrasser des pop up intempestives... et ici, ça a l'air de marcher... LOL total avec la p'tite Marceau !

Shin a dit…

Bonsoir,

J'avoue avoir un peu de mal à comprendre l'engouement autour de ce film. Certes, c'est beau. D'accord, c'est bien joué. Surtout, c'est dénué de toute émotion véritable. Cette romance conflictuelle est bien trop superficielle pour nous interpeler et, à force, on finit même pas complètement s'en désintéresser... Dommage, car j'en attendais beaucoup (peut-être trop d'ailleurs).

Amicalement,

Shin.

FredMJG a dit…

ToShin : Hello !
Tout d'abord bienvenue.
Ensuite, il est toujours difficile de comprendre la nature humaine et l'exaltation (voire la détestation) qui peut s'emparer du public et/ou de la critique. Tant mieux dans un sens, cela prouve que l'on ne pourra jamais vraiment formater un film, quoiqu'en pensent certains. Quoiqu'il en soit, là, nous sommes d'accord, ce film est un monument d'ennui.