25/05/08

Papy Indy fait de la résistance [Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal]

Un peu d’honnêteté… étant donné le nombre de blockbusters et de nouveaux héros apparus ces deux décennies, nous a-t-il vraiment manqué le professeur Jones ? Faut croire que oui puisqu’on est affalé devant ses dernières (pitié Steven, pour le prochain, ne nous fais pas le coup du retour du fils d’Indiana Jones, il est par trop fadasse le rejeton !) aventures, un gros sac de popcorn en pognes, les petons battant hystériquement le rythme du jingle de John Williams.
Résultat des courses, nous sommes bien devant le bon vieux cinéma de papa (des courses poursuites, des attaques de serpents et autres joyeusetés animalières, du tout-action, du rire, du suspense - exemple, Indiana va-t-il réussir à sortir des sables mouvants et à sauver femme et enfant ? arrrrgh ! - des beaux sentiments, des femmes perfides…). Après Indy cherche le graal, Indy lutte contre les nazis, Indy s’attaque aux sectes, Spielberg et Lucas, trop généreux, nous offrent un double programme : Indiana Jones meets American graffiti, avec Shia LaBeouf dans une imitation pâlichonne de Fonzie, héros top cool de Happy days + Indy au pays des soviets, avec l’australienne Cate Blanchett qui joue la gredine de service affublée d’un accent stalinien à couper à la faucille (on est en droit de préférer la composition plus subtile qu’elle nous a offerte dans I’m not there de Todd Haynes en incarnant Bob Dylan, époque No direction home). En bref, les compères recyclent… leurs films et ceux des autres.
Question interprétation, Karen Allen a repris du service avec quelques rides supplémentaires et a toujours le coup de poing facile, Harrison Ford (qui a ressorti sa panoplie de la naphtaline) nous rappelle son grand âge à chaque nouvel exploit physique dans une belle imitation de Danny Glover/Murtaugh se lamentant (dans TOUS les épisodes de L’arme fatale) qu’il n’a plus l’âge de ces conneries, le cynique Ray Winstone nous joue les triple, voire quadruple, agents doubles (au bout d’un moment on perd le compte au regard des nombreux retournements de situations qui tiennent lieu de scénario) avec une bonne humeur confondante et John Hurt, déguisé en abominable homme des bois, pelote amoureusement une tête sculptée d’alien (que la bestiole le croque aurait balancé Ridley Scott à la vision de la scène).
Concernant les effets spéciaux, on peut avoir toute confiance en la maison Lucas (par la grâce de Industrial Light & Magic) pour assurer un maximum. Deux morceaux d’anthologie marquent ce quatrième épisode. Le premier - hilarant malgré la gravité du sujet - s’inspire des premiers essais nucléaires dans le désert du Nevada et nous suggère qu’il est toujours bon d’avoir un frigo sous la main ; le second, d’une beauté technique à couper le souffle, clôt le film et nous refile un sacré coup de vieux, Steven Spielberg exploitant sans vergogne un de ses anciens succès.
Dommage par contre que la scène – interminable - du duel à l’épée entre la méchante russe (pléonasme) et l’hériter putatif, arrive après celui au sabre engagé par Johnny Depp/Jack Sparrow au sein d’une roue géante poursuivant sa course folle dans le deuxième volet des Pirates des Caraïbes.
Après un ultime clin d’œil (Fox Mulder ayant profité d’un moment d’inattention de Scully pour investir le corps de Cate Blanchett et bramer aux aliens I want to believe) qui nous informe que les rencontres du troisième type ne sont plus ce qu’elles étaient, les deux pépères nous prouvent que l’époque bénie des rebelles d’Hollywood est bel et bien achevée et qu’il sont maintenant rangés des voitures.
Pour preuve, leur héros prend la poudre d’escampette en abandonnant derrière lui la malfaisante qui refuse d’entendre la voix de la raison (soit, ne pas chercher à découvrir les secrets de l’univers et ainsi, sauver sa peau), épouse sa dulcinée, botte le cul du fiston pour qu’il reste à sa juste place et aille passer son bac d’abord, et votera certainement républicain aux prochaines élections... Décidément, les aventuriers ont bien vieillis.
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Photos © Paramount Pictures
[Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal/Indiana Jones and the kingdom of the crystal skull de Steven Spielberg_2008_avec Harrison Ford, Cate Blanchett, Karen Allen, Ray Winstone, John Hurt, Shia LaBeouf]

18/05/08

Les réalisateurs aussi ont commencé petits [Enfances]

Le film à sketches peut se révéler un exercice aussi cruel que le film choral car il pointe inévitablement le manque d’originalité des uns au vu du talent des autres. Enfances, qui narre d’imaginaires tribulations enfantines de six grands cinéastes (dans l'ordre, Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, Jean Renoir, Alfred Hitchcock et Ingmar Bergman), n’échappe pas à cette règle.
Le jeu de piste initialement prévu ne tient pas la route. Il est facile de reconnaître par un détail flagrant - le petit Orson trop grimé déclamant nuitamment du Shakespeare, la lanterne magique d’Ingmar ou Alfred manquant dégringoler l’escalier de la demeure de Norman Bates - l’identité du réalisateur auquel il est rendu hommage.
Si l’aventure bucolique du jeune Renoir préfigure la rencontre qu’il provoquera dans La règle du jeu entre Dalio, l’aristocrate et Carette, le braconnier, l’épisode (filmé en noir et blanc) narrant le combat d’Hitchcock contre une mère frustrée (et ressemblant à s’y méprendre à la revêche Mme Danvers, la gouvernante de Rebecca), n’est qu’un démarquage sans grande invention de ses films.
L’épisode funambulesque consacré à Jacques Tati est sans aucun doute le plus ludique et le plus inventif de la série. La description hilarante de la capture d’une photo de classe, où le grand corps décalé et encombrant du gamin "ne rentre pas dans le cadre", traduit à la perfection le sentiment d’isolement ressenti dans son enfance par le réalisateur de Jour de fête.
Cette série de courts-métrages inégaux a finalement une qualité désarmante, celle de nous donner envie de revoir nos classiques.
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Photos © Zelig Films Distribution
[Enfances de Yann Le Gal, Isild Le Besco, Joana Hadjithomas, Khalil Joreige, Ismael Ferroukhi, Corinne Garfin et Safy Nebbou_2008_avec Elsa Zylberstein, Julie Gayet, Clotilde Hesme, Maxime Juravliov]

Offre d'emploi [Cleaner]

Cher monsieur Jackson.
Quand vous en aurez fini de gâcher votre talent dans d’invraisemblables daubes, venez donc faire le ménage à la maison. Elle est bien plus petite que le superbe salon que vous nettoyez dans le film de ce sagouin d’Harlin mais si vous vous ennuyez, nous trouverons certainement vous et moi de quoi vous occuper.
Bien à vous.
P-S : n’oubliez pas votre exemplaire de L'Ecclésiaste.
Interview de Samuel L. Jackson
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[Cleaner de Renny Harlin_2008_avec Samuel L. Jackson, Eva Mendes, Ed Harris, Luis Guzman]

08/05/08

Autant en emporte le tsunami [Wonderful town]

Ce pourrait être le prélude d’un western (spaghetti de préférence, ce sont les plus cruels). Une ville fantôme, abandonnée des dieux et des hommes, un étranger arrive et séduit la seule femme du coin, les rescapés se liguent contre lui… Seulement voilà, ne sommes pas en Italie, mais en Thaïlande, et Aditya Assarat s’est inspiré de Takua Pa, petite localité proche de Phuket, où la population se trouva fort décimée par le tsunami de décembre 2004. Depuis, les survivants tentent de (se) reconstruire (dans) cette wonderful* town, où ne vient plus un touriste, mais où passe, et dans ce film s’attarde, un architecte venu de Bangkok, désireux de s’éloigner de la foule déchainée, faire un point sur sa vie, tomber amoureux peut-être, tout recommencer même, si les hommes sont d’accord. Cependant, quand il ne reste plus grand monde, il ne fait pas bon souhaiter enlever les jeunes femmes des cités martyres.
Le traumatisme ne sera jamais nommé. La mer, peu ou pas filmée. Seuls quelques plans de vagues à l’arrêt, comme une bête à l’affut, viendront rythmer dans une musique industrielle la rencontre charnelle des deux amants, préfigurant la menace qui pèse sur leur couple. Ainsi, la violence, quand elle apparaîtra, sera sèche et brutale, sans complaisance, ni parti-pris.
Alors que les réalisateurs et acteurs professionnels peinent souvent à se renouveler, qu’il s’agisse là d’un premier film laisse pantois devant tant d’assurance, de maitrise et d’autorité, aussi bien dans la mise en scène que dans le jeu des principaux protagonistes.
Il flotte sur ce film d’une désespérante beauté comme une indéniable sensation de tristesse et de manque que vient ponctuer l’inquiétante étrangeté d’un duo de petites filles dansant en tutu sur les ruines d’une cité engloutie.
* le titre pourrait paraitre ironique quoique ce qu’il y a de merveilleux finalement n’est-il pas pour des amoureux de se retrouver comme seuls au monde ?
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Photo © Memento Films
[Wonderful town d'Aditya Assarat_2008_avec Anchalee Saisoontorn, Ton Supphasit Kansen]

07/05/08

Portrait d’un Rastignac en icône gay [Tapis rouges et autres peaux de banane]

Désinvolte, honnête, primesautier, hâbleur, fair-play, mélancolique, ambitieux, cynique, enthousiaste, lucide, dépressif ou vraie langue de pute, Rupert Everett nous délivre dans cet autoportrait à l’humour ravageur quelques pages hilarantes sur les tournages en Russie, son amitié avec Madonna et la découverte des séries télévisées de prestige en compagnie de Josée Dayan.
S’il se montre parfois cruel dans ce pavé de plus de 400 pages qui se lit d’une traite, c’est surtout envers lui-même. Mais s’il ne s’épargne pas, en revanche, il ne se départit jamais d’une certaine élégance lorsqu’il conte sans fard (et avec beaucoup de tendresse pour les amis disparus) ses aventures sexuelles tarifées ou ses désunions passionnelles.
Il est dommage pour le cinéphile qu’il passe sous silence ses rencontres avec Christopher Walken et Helen Mirren sur le plateau de The comfort of strangers de Paul Schrader (Etrange séduction_1990) et François Hadji-Lazaro* croisé en 1994 pour Dellamore dellamorte de Michele Soavi, film culte s’il en est.
Annonçant lors de la sortie du livre qu’il allait désormais s’occuper de ses vieux parents, Rupert Everett nous offre une preuve supplémentaire que l’on peut avoir vécu une vie de patachon et n’en être pas moins un bon garçon. Son autodérision et son humilité achèvent de rendre sa personnalité versatile terriblement attachante.
*Leader de Pigalle et des Garçons Bouchers qui s’étaient offerts en 1988 pour leur clip Carnivore, une guest-star de choc : Béatrice Dalle
[Tapis rouges et autres peaux de banane de Rupert Everett_2008_K&B Editeurs]

Carnivore par Les Garçons Bouchers

04/05/08

Femme perdue, cheveux gras [Passe-Passe]

Ce qu’il y a d’agaçant somme toute avec certains films, c’est qu’ils ne sont pas à la hauteur du talent de leurs interprètes. En l’occurrence, pour Passe-Passe, Tonie Marshall a bénéficié d’un casting de première classe.
Tout d’abord, Nathalie Baye, femme perdue mais amoureuse de l’amour, des bonnes choses, de l’argent, de la vie et des hommes (enfin, presque tous : lâches, vicieux, menteurs, prière de s’abstenir), est étincelante en bourgeoise déjantée, tellement plus ravissante et sympathique que son modèle (plus ou moins) avoué, Christine Deviers-Joncours. Ensuite, Edouard Baer, le funambule, est parfait en jongleur neurasthénique. Leur couple fonctionne à merveille mais une belle rencontre d’acteurs ne suffit malheureusement pas à faire un film.
Et ce n’est pas en démultipliant les personnages secondaires (même si les interprétations de Maurice Bénichou en barbouze ou Michel Vuillermoz en médecin pervers sont savoureuses) et les intrigues (Mélanie Bernier affublée du syndrome de la Tourette devient la dame de cœur du lunaire Baer et le duo de coréens totalement branques s’offrant un karaoké d’I get you under my skin de Sinatra semble s’être échappé d’un film de Guy Ritchie) que l’on donne de la chair à un scénario anémié.
Passe-passe est finalement le récit (raté car dès que les duettistes se trouvent séparés, le rythme retombe) d’un amour platonique entre une foldingue et un dépressif qui se trouve être parasité par une caricature éhontée des mondes politiques (L’ivresse du pouvoir de Claude Chabrol traitait de l’affaire Elf de manière autrement plus subtile) et associatif. Inutile donc de préciser que c’est charmant, mais que ça ne va pas très loin et que l’on reste sur notre faim.
En conclusion, il serait également fort appréciable que le cinéma français se passe désormais des deux poncifs qui suivent : l’exploitation de la maladie d’Alzheimer comme simple effet scénaristique et l’attribution du rôle de l’odieux à Joey Starr qui vaut certainement beaucoup mieux que ça.
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Photo © Warner Bros. France
[Passe-Passe de Tonie Marshall_avec Nathalie Baye, Edouard Baer, Guy Marchand, Mélanie Bernier, Joey Starr, Maurice Bénichou, Bulle Ogier, Michel Vuillermoz]

Déjà vu et Même pas peur sont dans un bateau [Rec]

Remake perverti de Cannibal holocaust de ce brave Ruggero Deodato, la partie de campagne des ethnologues étant remplacée par la jungle des banlieues ibériques, Rec est un petit film d’horreur réalisé par un abruti aux ordres de la présentatrice (Manuela Velasco, parfaitement horripilante) d’un programme télévisé soporifique, prête à tout pour gagner quelques points d’audience, y compris mourir pour un scoop… Dès le début de l’enregistrement, nous serions ravis de la trucider, l’hystéro arriviste. D’ailleurs, la vision du film ne sera qu’une longue souffrance, taraudés que nous sommes par une simple question : mais quand va-t-elle enfin y passer et définitivement la boucler ?
Car il ne faut pas se leurrer, malgré la critique acerbe des émissions de "télé-réalité", ce film n’est qu’un jeu de massacre éhonté. Les personnages y sont tous sacrifiés, les bons (les pompiers, braves gars venus aider la veuve, l’orphelin et les vieilles dames indignes, qui se retrouvent – rires nerveux du spectateur qui compatit – à tabasser des hordes de zombis affamés), les brutes (la police et les médecins dépêchés par le gouvernement qui se retrouvent eux aussi séparés du monde extérieur et victimes expiatoires d’un virus qui n’a pas encore livré son secret) et les exploiteurs de tout poil.
Quand la fête commence, eh bien il est temps de faire le décompte des "emprunts", des "hommages" et de tenter de se débarrasser de cette damnée sensation de "déjà vu et en bien mieux"... Et pour établir combien l’ambition cinématographique de certains atteint allègrement le degré zéro, il suffit d’apprendre qu’un remake est déjà en cours de production aux États-Unis. Au secours !
Manifestement ravis de leur (seule et unique) idée de départ, les réalisateurs – autrefois plus subtils (Les enfants d’Abraham de Plaza, voire Darkness de Balaguero, distillaient une sourde anxiété nettement plus flippante) – pillent leurs prédécesseurs et évoquent tour à tour Night of the living Dead de George Romero (avec le personnage de la petite fille dont on se doute bien qu’elle va finir par croquer sa génitrice, la gamine virant quasiment au noir et blanc), Shivers et Rabid de David Cronenberg, The descent de Neil Marshall (pour les monstres albinos) et bien sûr, The Blair witch project d’Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, pour le filmage du grand n’importe quoi n’importe comment… Un plan est à la limite de la provocation – pastiche involontaire ? Pour un peu, on se croirait devant le Scary movie des frères Wayans – l’acolyte armé de sa caméra filmant brusquement sa collègue dans les trous de nez, on attend avec angoisse que la goutte lui vienne… Le suspense est à son comble ! Notre impatience aussi…
Au final, là où Plaza et Balaguero excellent, c’est dans le portrait horrifique qu’ils dressent du petit monde infect du voisinage… des gens ordinaires, racistes, médiocres, visqueux, petits-bourgeois, haineux, égoïstes, inquisiteurs, vous, moi, ceux d’en face… en bref, sauve qui peut !
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Photos © Wild Side
[Rec. de Paco Plaza et Jaume Balaguero_2008_avec Manuela Velasco]
Index des films cités : Cannibal holocaust de Ruggero Deodato [1980]. Segundo nombre/Les enfants d’Abraham de Paco Plaza [2002]. Darkness de Jaume Balaguero [2002]. Night of the living Dead/La nuit des morts vivants de George Romero [1968]. Shivers /Frissons de David Cronenberg [1975]. Rabid/Rage de David Cronenberg ]. The Blair witch project d’Eduardo Sanchez et Daniel Myrick [1999]. Scary movie 2 de Keenen Ivory Wayans [2001].

03/05/08

One (iron) man show [Iron man]

Avant de voir une bombinette portant ses armoiries lui sauter à la tronche et changer son avenir à jamais, Tony Stark a le temps de s’offrir un cours de lutte gréco-romaine en compagnie d’une journaliste bombasse, faire une démonstration de son matos ultra-révolutionnaire pour une guerre bien sale et follement bruyante, siroter un excellent champagne, draguer sans vergogne une soldate de l’empire du bien, poser pour la postérité avec les boys, balancer deux/trois vannes niaiseuses qui ne font rire que lui et sentir enfin une fois dans sa vie l’adrénaline qui monte comme sève lorsque l’on sait sa dernière heure arrivée.
Et c’est Robert Downey Jr qui s’y colle et nous la joue arroseur arrosé avec une classe et un humour inimitables. Après Kiss kiss bang bang [de Shane Black_2005] où son charme de petite canaille dérisoire aux grand yeux chaplinesques faisait déjà merveille, il est de retour, en pleine(s) forme(s) et tient à nous le faire savoir. Dans l’armure d’un héros qui n’a de superlatif que l’ego qui le consume, son abattage fait merveille… et écrase avec bonhomie le reste de la troupe.

Jeff Bridges (crâne rasé à la Lex Luthor et barbu comme un imam), confondu par tant d’insolence, est aux abonnés absents pendant une grande partie du film, tandis que Terrence Howard participe discrètement à une critique subtile du patriotisme made in America.Quant à Gwyneth Paltrow, interprétant Pepper Potts, elle n’a de poivré que le nom et prouve qu’il ne suffit pas de se teindre en rousse pour être incendiaire. Il est d’ailleurs étourdissant d’apprendre* qu’elle s’est entrainée à la sténo pour jouer son rôle d’assistante… Une telle implication méritait d’être signalée. Bon, chère Gwyneth, quelques cours de comédie en sus n’auraient pas été du luxe…
Robert Downey Jr et le réalisateur, Jon Favreau
Somme toute, Tony Stark est un homme avec des plaisirs et des goûts simples : ni schizophrénie, ni crise identitaire chez lui. Simplement, il ne peut pas la jouer profil bas ; lorsque l’on goûte à la célébrité, il est difficile d’y renoncer et de vivre dans l’ombre, fut-elle celle d’un super héros. Ce cynisme bon enfant baigne le film tout entier. On y relève subrepticement comme un état des lieux de la vie et des frasques de son interprète. Reste à deviner ce que pourrait nous réserver un Iron Man, le retour...
* comme quoi il faut toujours lire les petits magazines offerts par les cinémas – ici, Dimension - car on y apprend une foultitude de choses parfaitement inutiles pour notre survie mais qui peuvent mettre en joie une heure ou deux.
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Photos © SND
[Iron Man de Jon Favreau_2008_avec Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Jeff Bridges, Terrence Howard]

La grande déconfiture [Le grand alibi]

Opérant un drôle de mélange d’Agatha Christie sans son Poirot et du jeu du cluedo auquel fait immanquablement penser la belle affiche de Floc'h (mais qui diable a bien pu tuer le docteur dans la piscine avec le révolver du maître de céans retrouvé dans les mains de la femme de la victime ? mystère…), Pascal Bonitzer semble s’être également beaucoup amusé à parodier Alfred Hitchcock (cf. le décalque éhonté de l’épilogue de La mort aux trousses). Malheureusement, Mathieu Demy n’a rien de Cary Grant et Valeria Bruni Tedeschi (que l’on aimerait voir se renouveler un peu) n’est pas Eva Marie Saint.
Comme pour L’heure zéro de Pascal Thomas, ce film choral est l’occasion d’un tour de piste plus ou moins talentueux selon les acteurs en cause mais nous offre néanmoins la joie de retrouver (après Danielle Darrieux chez Thomas) la belle et mélancolique Emmanuelle Riva.
Il nous faut donc l’avouer, on s’ennuie ferme à cette enquête (même si Pierre Arditi et Miou-Miou, parfaits en excentriques, sont bien assortis), les seuls personnages intéressants - voire attachants - étant cruellement éliminés. Lambert Wilson, excellent dans son rôle de psychiatre arrogant trop sensible à la gente féminine et adepte des lapsus, nous prouve qu’il se bonifie avec l’âge et Catarina Murino exsude une triomphante sensualité (auprès des tristounettes Anne Consigny, Valeria Bruni Tedeschi et Céline Sallette, très fade ici, aux antipodes de son interprétation dans Meurtrières de Patrick Grandperret) qui lui sera fatale.
Finalement, c’est le fameux alibi pressenti, la bêtise et la transparente médiocrité accordées à l’assassin comme preuve d’innocence, qui finit par nous faire sourire. C’est peu.
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Photos © UGC
[Le grand alibi de Pascal Bonitzer_2008_avec Lambert Wilson, Miou-Miou, Valeria Bruni Tedeschi, Anne Consigny, Caterina Murino, Mathieu Demy, Pierre Arditi, Maurice Bénichou, Céline Sallette, Emmanuelle Riva]

02/05/08

Gueule de bois à l'italienne [Ciao Stefano]

Entre le chanteur de son groupe qui s’écrase comme une merde (n’est pas Peter Gabriel qui veut) au milieu d’un public parsemé qui s’est écarté prudemment en le voyant plonger et sa fiancée qui offre ses charmes à un guitariste à succès bien plus jeune que lui, Stefano (incarné par Valerio Mastandrea, période clown blanc et cœur de rocker), démoralisé, quitte Rome pour Rimini où il compte se ressourcer. Il y retrouve la maison familiale plongée dans une très douce folie. Sa mère recherche ses chakras tandis que son père découvre les siens sur un terrain de golf, son frère divorce et laisse à l’occasion son usine péricliter, sa jeune sœur, fort séduisante mais toujours célibataire, préfère la compagnie des dauphins à celle des hommes... Alors Stefano perd lui aussi la tête ; il court (en compagnie de ses neveux pour faire la pige aux radars), saute (et atterrit parfois sur des chiens qui n’en demandaient pas tant), ment, joue du piano debout, picole, affabule, découvre ses origines, bref grandit enfin un peu.
De petites désillusions en amours tarifées (apparition remarquée de la belle Caterina Murino), de fausses confidences en conclusions hâtives, de soûlographies en petits vomis entre cétacés, de suicide – un seul, mais désopilant – en faillite annoncée, Stefano retrouvera suffisamment de confiance en lui pour retourner à Rome et reprendre une activité normale (gratter de la guitare, se jeter avec enthousiasme dans les bras de son public... ).
Gianni Zanasi aime manifestement ses personnages, vieux adolescents désillusionnés en manque d’affection, dont il dresse un tendre portrait dans cette comédie plus douce qu’amère – et subtilement critique – sur les années berlusconiennes.
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Photo © Pyramide Distribution
[Ciao Stefano de Gianni Zanasi _2008_avec Valério Mastandrea, Caterina Murino, Anita Caprioli, Teco Celio]